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		<title>L&#8217;idéologie sociale de la bagnole</title>
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		<pubDate>Thu, 05 Mar 2009 20:29:49 +0000</pubDate>
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		<description><![CDATA[par André Gorz Le vice profond des bagnoles, c’est qu’elles sont comme les châteaux ou les villa sur la Côte : des biens de luxe inventés pour le plaisir exclusif d’une minorité de très riches et que rien, dans leur conception et leur nature, ne destinait au peuple. A la différence de l’aspirateur, de l’appareil [...]<img alt="" border="0" src="http://stats.wordpress.com/b.gif?host=papamarx.wordpress.com&amp;blog=6319702&amp;post=113&amp;subd=papamarx&amp;ref=&amp;feed=1" width="1" height="1" />]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>par André Gorz</p>
<p><a href="http://papamarx.files.wordpress.com/2009/03/traffic_g.jpg"><img src="http://papamarx.files.wordpress.com/2009/03/traffic_g.jpg?w=300&#038;h=225" alt="traffic_g" title="traffic_g" width="300" height="225" class="alignright size-medium wp-image-116" /></a><br />
Le vice profond des bagnoles, c’est qu’elles sont comme les châteaux ou les villa sur la Côte : des biens de luxe inventés pour le plaisir exclusif d’une minorité de très riches et que rien, dans leur conception et leur nature, ne destinait au peuple. A la différence de l’aspirateur, de l’appareil de T.S.F. ou de la bicyclette, qui gardent toute leur valeur d’usage quand tout le monde en dispose, la bagnole, comme la villa sur la côte, n’a d’intérêt et d’avantages que dans la mesure où la masse n’en dispose pas. C’est que, par sa conception comme par sa destination originelle, la bagnole est un bien de luxe. Et le luxe, par essence, cela ne se démocratise pas : si tout le monde accède au luxe, plus personne n’en tire d’avantages ; au contraire : tout le monde roule, frustre et dépossède les autres et est roulé, frustré et dépossédé par eux.</p>
<p><span id="more-113"></span></p>
<p>La chose est assez communément admise, s’agissant des villas sur la côte. Aucun démagogue n’a encore osé prétendre que démocratiser le droit aux vacances, c’était appliquer le principe : Une villa avec plage privée pour chaque famille française. Chacun comprend que si chacune des treize ou quatorze millions de familles devait disposer ne serait-ce que 10 m de côte, il faudrait 140 000 km de plages pour que tout le monde soit servi ! En attribuer à chacun sa portion, c’est découper les plages en bandes si petites — ou serrer les villas si près les unes contre les autres — que leur valeur d’usage en devient nulle et que disparaît leur avantage par rapport à un complexe hôtelier. Bref, la démocratisation de l’accès aux plages n’admet qu’une seule solution : la sollution collectiviste. Et cette solution passe obligatoirement par la guerre au luxe que constitutent les plages privées, privilèges qu’une petite minorité s’arroge aux dépens de tous.<br />
Or, ce qui est parfaitement évident pour les plages, pourquoi n’est-ce pas communément admis pour les transports ? Une bagnole, de même qu’une villa avec plage, n’occupe-t-elle un espace rare ? Ne spolie-t-elle pas les autres usagers de la chausée (piétons, cycliste, usagers des trams ou bus) ? Ne perd-elle pas toute valeur d’usage quand tout le monde utilise la sienne ? Et pourtant les démagogues abondent, qui affirment que chaque famille a droit à au moins une bagnole et que c’est à l’ « Etat » qu’il appartient de faire en sorte que chacun puisse stationner à son aise, rouler à 150 km/h, sur les routes du week-end ou des vacances.<br />
La monstruosité de cette démagogie saute aux yeux et pourtant la gauche ne dédaigne pas d’y recourir. Pourquoi la bagnole est-elle traitée en vache sacrée ? Pourquoi, à la différence des autres biens « privatifs », n’est-elle pas reconnue comme un luxe antisocial ? La réponse doit être cherchée dans les deux aspects suivants de l’automobilisme.<br />
1.L’automobilisme de masse matérialise un triomphe absolu de l’idéologie bourgeoise au niveau de la pratique quotidienne : il fonde et entretient en chacun la croyance illusoire que chaque individu peut prévaloir et s’avantager aux dépens de tous. L’égoîsme agressif et cruel du conducteur qui, à chaque minute, assassine symboliquement « les autres », qu’il ne perçoit plus que comme des gênes matérielles et des obstacles à sa propre vitesse, cet égoîsme agressif et compétitif est l’avènement, grâce à l’automobilisme quotidien, d’un comportement universellement bourgeois (« On ne fera jamais le socialisme avec ces gens-là », me disait un ami est-allemand, consterné par les spectacle de la circulation parisienne).<br />
2.L’automobile offre l’exemple contradictoire d’un objet de luxe qui a été dévalorisé par sa propre diffusion. Mais cette dévalorisation pratique n’a pas encore entraîné sa dévalorisation idéologique : le mythe de l’agrément et de l’avantage de la bagnole persiste alors que les transports collectifs, s’ils étaient généralisés, démontreraient une supériorité éclatante. La persistance de ce mythe s’explique aisément : la généralisation de l’automobilisme individuel a évincé les transports collectifs, modifié l’urbanisme et l’habitat et transféré sur la bagnole des fonctions que sa propre diffusion a rendues nécessaires. Il faudra une révolution idéologique (« culturelle ») pour briser ce cercle. Il ne faut évidemment pas l’attendre de la classe dominante (de droit ou de gauche).<br />
Voyons maintenant ces deux points de plus près.<br />
Quand la voiture a été inventée, elle devait procurer à quelques bourgeois très riches un privilège tout à fait inédit : celui de rouler beaucoup plus vite que tous les autres. Personne, jusque-là, n’y avait encore songé : la vitesse des diligences était sensiblement la même, que vous fussiez riches ou pauvres ; la calèche du seigneur n’allait pas plus vite que la charrette du paysan, et les trains emmenaient tout le monde à la même vitesse (ils n’adoptèrent des vitesses différenciées que sous la concurrence de l’automobile et de l’avion). Il n’y avait donc pas, jusqu’au tournant du dernier siècle, une vitesse de déplacement pour l’élite, une autre pour le peuple. L’auto allait changer cela : elle étendait, pour la première fois, la différence de classe à la vitesse et au moyen de transport.<br />
Ce moyen de transport parut d’abord inaccessible à la masse tant il était différent des moyens ordinaires : il n’y avait aucune mesure entre l’automobile et tout la reste : la charrette, le chemin de fer, la bicyclette ou l’omnibus à cheval. Des êtres d’exception se promenaient à bord d’un véhicle autotracté, pesant une bonne tonne, et dont les organes mécaniques, d’une complication extrême, étaient d’autant plus mystérieux que dérobés aux regards. Car il y avait aussi cet aspect-là, qui pesa lourd dans le mythe automobile : pour la première fois, des hommes chevauchaient des véhicules individuels dont les mécanismes de fonctionnement leur étaient totalement inconnus, dont l’entretien et même l’alimentation devaient être confiés par eux à des spécialistes.<br />
Paradoxe de la voiture automobile : en apparence, elle conférait à ses propriétaires une indépendance illimitée, leur permettant de se déplacer aux heures et sur les itinéraires de leur choix à une vitesse égale ou supérieure à celle du chemin de fer. Mais, en réalité, cette autonomie apparente avait pour envers une dépendance radicale : à la différence du cavalier, du charretier ou du cycliste, l’automobiliste allait dépendre pour son alimentation en énergie, comme d’ailleurs pour la réparation de la moindre avarie, des marchands et spécialistes de la carburation, de la lubrification, de l’allumage et de l’échange de pièces standard. A la différence de tous les propriétaires passés de moyens de locomotion l’automobiliste allait avoir un rapport d’usager et de consommateur — et non pas de possesseur et de maître — au véhicule dont, formellement, il était le propriétaire. Ce véhicule, autrement dit, allait l’obliger à consommer et à utiliser une foule de services marchands et de produits industriels que seuls des tiers pourraient lui fournir. L’autonomie apparente du propriétaire d’une automobile recouvrait sa radicale dépendance.<br />
Les magnats du pétrole perçurent les premiers le parti que l’on pourrait tirer d’une large diffusion de l’automobile : si le peuple pouvait être amené à rouler en voiture à moteur, on pourrait lui vendre l’énergie nécessaire à sa propulsion. Pour la première fois dans l’histoire, les hommes deviendraient tributaires pour leur locomotion d’une source d’énergie marchande. Il y aurait autant de clients de l’industrie pétrolière que d’automobilistes — et comme il y aurait autant d’automobilistes que de familles, le peuple tout entier allait devenir client des pétroliers. La situation dont rêve tout capitaliste allait se réaliser : tous les hommes allaient dépendre pour leurs besoins quotidiens d’une marchandise dont une seule industrie détiendrait le monopole.<br />
Il ne restait qu’à amener le peuple à rouler en voiture. Le plus souvent, on croit qu’il ne se fit pas prier : il suffisait, par la fabrication en série et le montage à la chaîne, d’abaisser suffisamment le prix d’une bagnole ; les gens allaient se précipiter pour l’acheter. Il se précipitèrent bel et bien, sans se rendre compte qu’on les menait par le bout du nez. Que leur promettait, en effet, l’industrie automobile ? Tout bonnement ceci : « Vous aussi, désormais, aurez le privilège de rouler, comme les seigneurs et bourgeois, plus vite que tout le monde. Dans la société de l’automobile, le privilège de l’élite est mis à votre portée. »<br />
Les gens se ruèrent sur les bagnoles jusqu’au moment où, les ouvriers y accédant à leur tour, les automobilistes constatèrent, frustrés, qu’on les avait bien eus. On leur avait promis un privilège de bourgeois ; ils s’étaient endettés pour y avoir accès et voici qu’ils s’apercevaient que tout le monde y accédait en même temps. Mais qu’est-ce qu’un privilège si tout le monde y accède ? C’est un marché de dupes. Pis, c’est chacun contre tous. C’est la paralysie générale par empoignade générale. Car lorsque tout le monde prétend rouler à la vitesse privilégiée des bourgeois, le résultat, c’est que rien ne roule plus, que la vitesse de circulation urbaine tombe — à Boston comme à Paris, à Rome ou à Londres — au-dessous de celle de l’omnibus à cheval et que la moyenne, sur les routes de dégagement, en fin de semaine, tombe au-dessous de la vitesse d’un cycliste.<br />
Rien n’y fait : tous les remèdes ont été essayés, ils aboutissent tous, en fin de compte, à aggraver le mal. Que l’on multiplie les voies radiales et les voies circulaires, les transversales aériennes, les routes à seize voies et à péages, le résultat est toujours le même : plus il y a de voies de desserte, plus il y a de voitures qui y affluent et plus est paralysante la congestion de la circulation urbaine. Tant qu’il y aura des villes, le problème restera sans solution : si large et rapide que soit une voie de dégagement, la vitesse à laquelle les véhicules la quittent, pour pénétrer dans la ville, ne peut être plus grande que la vitesse moyenne, dans Paris, sera de 10 à 20 km/h, selon les heures, on ne pourra quitter à plus de 10 ou 20 km/h les périphériques et autoroutes desservant la capitale. On les quittera même à des vitesses beaucoup plus faibles dès que les accés seront saturés et ce ralentissement se répercutera à des dixaines de kilomètres en amont s’il y a saturation de la route d&#8217;accés.<br />
Il en va de même pour toute ville. Il est impossible de circuler à plus de 20 km/h de moyenne dans le lacis de rues, avenues et boulevards entrecroisés qui, à ce jour, étaient le propre des villes. Toute injection de véhicules plus rapides perturbe la circulation urbaine en provoquant des goulots, et finalement le paralyse.<br />
Si la voiture doit prévaloir, il reste une seule solution : supprimer les villes, c&#8217;est-à-dire les étaler sur des centaines de kilomètres, le long de voies monumentales, de banlieues autoroutières. C’est ce qu’on a fait aux Etats-Unis. Ivan Illich en résume 1 le résultat en ces chiffres saisissants : « L’Américain type consacre plus de mille cinq cents heures par an (soit trente heures par semaine, ou encore quatre heures par jour, dimanche compris) à sa voiture : cela comprend les heures qu’il passe derrière le volant, en marche ou à l’arrêt ; les heures de travail nécessaires pour la payer et pour payer l’essence, les pneus, les péages, l’assurance, les contraventions et impôts&#8230; A cet Américain, il faut donc mille cinq cents heures pour faire (dans l’année) 10 000 km. Six km lui prennent une heure. Dans les pays privés d’industrie des transports, les gens se déplacent à exactement cette même vitesse en allant à pied, avec l’avantage supplémentaire qu’ils peuvent aller n’importe où et pas seulement le long des routes asphaltées. »<br />
Il est vrai, précise Illich, que dans les pays non industrialisés les déplacements n&#8217;absorbent que 2 à 8 % du temps social (ce qui correspond vraisemblement à deux à six heures par semaine). Conclusion suggérée par Illich : l’homme à pied couvre autant de kilomètres en une heure consacrée au transport que l’homme à moteur, mais il consacre à ses déplacements cinq à dix fois moins de temps que ce dernier. Moralité : plus une société diffuse ces véhicules rapides, plus — passé un certain seuil — les gens y passent et y perdent de temps à se déplacer. C’est mathématique.<br />
La raison ? Mais nous venons à l’instant de la voir : on a éclaté les agglomérations en interminables banlieues autoroutières, car c’était le seul moyen d’éviter la congestion véhiculaire des centres d’habitation. Mais cette solution a un revers évident : les gens, finalement, ne peuvent circuler à l’aise que parce qu’ils sont loin de tout. Pour faire place à la bagnole, on a multiplié les distances : on habite loin du lieu de travail, loin de l’école, loin du supermarché — ce qui va exiger une deuxième voiture pour que la « femme au foyer » puisse faire les courses et conduire les enfants à l’école. Des sorties ? Il n&#8217;en est pas question. Des amis ? Il y a des voisins&#8230; et encore. La voiture, en fin de compte, fait perdre plus de temps qu’elle n’en économise et crée plus de distances qu’elle n’en surmonte. Bien sûr, vous pouvez vous rendre à votre travail en faisant du 100 km/h ; mais c’est parce que vous habitez à 50 km de votre job et acceptez de perdre une demi-heure pour couvrir les dix derniers kilomètres. Bilan : « Les gens travaillent une bonne partie de la journée pour payer les déplacements nécessaires pour se rendre au travail » (Ivan Illich).<br />
Vous direz peut-être : « Au moins, de cette façon, on échappe à l’enfer de la ville une fois finie la journée de travail. » Nous y sommes : voilà bien l’aveu. « La ville » est ressentie comme « l’enfer », on ne pense qu’à s’en évader ou à aller vivre en province, alors que, pour des générations, la grande ville, objet d’émerveillements, était le seul endroit où il valût la peine de vivre. Pourquoi ce revirement ? Pour une seule raison : la bagnole a rendu la grande ville inhabitable. Elle l’a rendu puante, bruyante, asphyxiante, poussiéreuse, engorgée au point que les gens n’ont plus envie de sortir le soir. Alors, puisque les bagnoles ont tué la ville, il faut davantage de bagnoles encore plus rapides pour fuir sur des autoroutes vers des banlieues encore plus lointaines. Impeccable circularité : donnez-nous plus de bagnoles pour fuir les ravages que causent les bagnoles.<br />
D’objet de luxe et de source de privilège, la bagnole est ainsi devenue l’objet d’un besoin vital : il en faut une pour s’évader de l’enfer citadin de la bagnole. Pour l’industrie captaliste, la partie est donc gagnée : le superflu est devenu nécessaire. Inutile désormais de persuader les gens qui désirent une bagnole : sa nécessité est inscrite dans les choses. Il est vrai que d’autres doutes peuvent surgir lorsqu’on voit l’évasion motorisée le long des axes de fuite : entre 8 heurs det 9 h 30 le matin, entre 5 h 30 et 7 heures le soir et, les fins de semaine, cinq à six heures durant, les moyens d’évasion s’étirent en processions, pare-chocs contre pare-chocs, à la vitesse (au mieux) d’un cycliste et dans un grand nuage d’essence au plomb. Que reste-t-il quand, comme c’était inévitable, la vitesse plafond sur les routes est limitée à celle, précisement, que peut atteindre la voiture de tourisme la plus lente.<br />
Juste retour des choses : après avoir tué la ville, la bagnole tue la bagnole. Après avoir promis à tout le monde qu’on irait plus vite, l’industrie automobile aboutit au résultat rigoureusement prévisible que tout le monde va plus lentement que le plus lent de tous, à une vitesse déterminée par les lois simples de la dynamique des fluides. Pis : inventée pour permettre à son propriétaire d’aller où il veut, à l’heure et à la vitesse de son choix, la bagnole devient, de tous les véhicules, le plus serf, aléatoire, imprévisible et incommode : vous avez beau choisir une heure extravagante pour votre départ, vous ne savez jamais quand les bouchons vous permettront d’arriver. Vous êtes rivé à la route (à l’autoroute) aussi inexorablement que le train à ses rails. Vous ne pouvez, pas plus que le voyageur ferroviaire, vous arrêter à l’improviste et vous devez, tout comme dans un train, avancer à une vitesse déterminée par d’autres. En somme, la bagnole a tous les désavantages du train — plus quelques-un qui lui sont spécifiques : vibrations, courbatures, dangers de collision, nécessité de conduire le véhicule — sans aucun de ses avantages.<br />
Et pourtant, direz-vous, les gens ne prennent pas le train. Parbleu : comment le prendraient-ils  Avez-vous déjà essayer d’aller de Boston à New York en train ? Ou d’Ivry au Tréport ? Ou de Garches à Fontainebleu ? Ou de Colombes à l’Isle Adam ? Avez-vous essayé, en été, le samedi ou le dimanche ? Eh bien ! essayez donc, courage ! Vous constaterez que le capitalisme automobile a tout prévu : au moment où la bagnole allait tuer la bagnole, il a fait disparaître les solutions de rechange : façon de rendre la bagnole obligatoire. Ainsi, l’Etat capitaliste a d’abord laissé se dégrader, puis a supprimé, les liaisons ferroviaires entre les villes, leurs banlieues et leur couronne de verdure. Seules ont trouvé grâce à ses yeux les liaisons interurbaines à grande vitesse qui disputent aux transports aériens leur clientèle bourgeoise. L’aérotrain, qui aurait pu mettre les côtes normandes ou les lacs du Morvan à la portée des picniqueurs parisiens du dimanche, servira à faire gagner quinze minutes entre Paris et Pontoise et à déverser à ses terminus plus de voyageurs saturés de vitesse que les transports urbains n’en pourront recevoir. Ça, c’est du progrès !<br />
La vérité, c’est que personne n’a vraiment le choix : on n’est pas libre d’avoir une bagnole ou non parce que l’univers suburbain est agencé en fonction d’elle — et même, de plus en plus, l’univers urbain. C’est pourquoi la solution révolutionnaire idéale, qui consiste à supprimer la bagnole au profit de la bicyclette, du tramway, du bus et du taxi sans chauffeur, n’est même plus applicable dans les cités autoroutières comme Los Angeles, Detroit, Houston, Trappes ou même Bruxelles, modelées pour et par l’automobile. Villes éclatées, s’étirant le long de rues vides où s’alignent des pavillons tous semblables et où le paysage (le désert) urbain signifie : « Ces rues sont faites pour rouler aussi vite que possible du lieu de travail au domicile et vice versa. On y passe,, on n’y demeure pas. Chacun, son travail terminé, n’a qu’à rester chez soi et toute personne trouvée dans la rue la nuit tombée doit être tenue pour suspecte de préparer un mauvais coup. » Dans un certain nombre de villes américaines, le fait de flâner à pied la nuit dans les rues est d’ailleurs considéré comme un délit.<br />
Alors, la partie est-elle perdue ? Non pas ; mais l’alternative à la bagnole ne peut être que globale. Car pour que les gens puissent renoncer à leur bagnole, il ne suffit point de leur offrir des moyens de transports collectifs plus commodes : il faut qu’iils puissent ne pas se faire transporter du tout parce qu’ils se sentiront chez eux dans leur quartier, leur commune, leur ville à l’échelle humaine, et qu’ils prendront plaisir à aller à pied de leur travail à leur domicile — à pied ou, à la rigueur, à bicyclette. Aucun moyen de transport rapide et d’évasion ne compensera jamais le malheur d’habiter une ville inhabitable, de n’y être chez soi nulle part, d’y passer seulement pour travailler ou, au contraire, pour s’isoler et dormir.<br />
« Les usagers, écrit Illich, briseront les chaînes du transport surpuissant lorsqu’ils se remettront à aimer comme un territoire leur îlot de circulation, et à redouter de s’en éloigner trop souvent. » Mais, précisement, pour pouvoir aimer « son territoire », il faudra d’abord qu’il soit rendu habitable et non pas circulable : que le quartier ou la commune redevienne le microcosme modelé par et pour toutes les activités humaines, où les gens travaillent, habitent, se détendent, s’instruisent, communiquent, s’ébrouent et gèrent en commun le milieu de leur vie commune. Comme on lui demandait une fois ce que les gens allaient faire de leur temps, après la révolution, quand le gaspillage capitaliste sera aboli, Marcuse répondit : « Nous allons détruire les grandes villes et en constuire de nouvelles. Ça nous occupera un moment. »<br />
On peut imaginer que ces villes nouvelles seront des fédérations de communes (ou quartiers), entourées de ceintures vertes où les citadins — et notamment les « écoliers » — passeront plusieurs heures par semaine à faire pousser les produits frais nécessaires à leur subsistance. Pour leur déplacements quotidiens, ils disposeront d’une gamme complète de moyens de transport adaptés à une ville moyenne : bicyclettes municipales, trams ou trolleybus, taxis électriques sans chauffeur. Pour les déplacements plus importants dans les campagnes, ainsi que pour le transport des hôtes, un pool d’automobiles communales sera à la disposition de tous dans les garages de quartier. La bagnole aura cessé d’être besoin. C’est que tout aura changé : le monde, la vie, les gens. Et ça ne se sera pas passé tout seul.<br />
Entre-temps, que faire pour en arriver là ? Avant tout, ne jamais poser le problème du transport isolément, toujours le lier au problème de la ville, de la division sociale du travail et de la compartimentation que celle-ci a introduite entre les diverses dimensions de l’existence : un endroit pour travailler, un autre endroit pour « habiter », un troisième pour s’approvisionner, un quatrième pour s’instruire, un cinquième pour se divertir. L’agencement de l’espace continue la désintégration de l’homme commencée par la division du travail à l’usine. Il coupe l’individu en rondelles, il coupe son temps, sa vie, en tranches bien séparées afin qu’en chacune vous soyez un consommateur passif livré sans défense aux marchands, afin que jamais il ne vous vienne à l’idée que travail, culture, communication, plaisir, satisfaction des besoins et vie personnelle peuvent et doivent être une seule et même chose : l’unité d’une vie, soutenue par le tissu sociale de la commune.</p>
<p>(Le Sauvage, septembre-octobre 1973.)</p>
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		<title>Crise économique : un changement d&#8217;époque</title>
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		<pubDate>Thu, 19 Feb 2009 22:40:52 +0000</pubDate>
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		<description><![CDATA[La crise qui commence marque la fin d'une époque, celle dans laquelle la croissance et les revenus peuvent être assurés par l'augmentation de l'endettement. La crise exprime aussi les difficultés croissantes du capitalisme à se valoriser, à produire de la nouvelle richesse et à continuer son accumulation. Bien qu'elle ait été transmise sur toute la planète par une finance internationale au poids démesuré, la crise dépasse les horizons de la simple finance et révèle au monde que le capitalisme est un système désuet, suranné, au bout du rouleau, et que toute tentative de réforme ne fera que repousser l'ultime limite à un moment où la situation sera encore plus grave et plus incontrôlable.<img alt="" border="0" src="http://stats.wordpress.com/b.gif?host=papamarx.wordpress.com&amp;blog=6319702&amp;post=79&amp;subd=papamarx&amp;ref=&amp;feed=1" width="1" height="1" />]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><!-- 	 	 --></p>
<p><strong>Le fruit de la misère ne tombe jamais loin de l&#8217;arbre de l&#8217;exploitation.</strong></p>
<p>La crise économique commencée en 2008 a maintenant pris des proportions mondiales, et laisse désemparés les capitalistes et les États qui n&#8217;avaient pas su ou voulu en mesurer l&#8217;importance. </p>
<p>Partout le chômage explose alors que des mobilisations sociales de plus en plus radicales et violentes se manifestent. De l&#8217;Europe de l&#8217;est à la Grèce, de l&#8217;Islande aux Antilles françaises, des États-Unis à la Chine, les troubles sociaux fusent en réaction à la crise qui prive les travailleurs de revenus, de logement, de nourriture.</p>
<div id="attachment_64" class="wp-caption aligncenter" style="width: 460px"><img class="size-full wp-image-64" title="islande1" src="http://papamarx.files.wordpress.com/2009/02/islande1.jpg?w=450&#038;h=337" alt="Manifestants exigeant et obtenant la libération d'un prisonnier en Islande" width="450" height="337" /><p class="wp-caption-text">Manifestants exigeant et obtenant la libération d&#39;un prisonnier en Islande</p></div>
<p>Les classes dominantes tentent tant bien que mal de prendre la mesure d&#8217;une crise de plus en plus profonde et qui ne semble pas vouloir se résorber, alors que les plus populistes d&#8217;entre eux, Nicolas Sarkozy en tête, mettent la faute de la crise sur les excès du capitalisme, sur la finance immorale, sur un manque de réglementations. Bercés par l&#8217;espoir d&#8217;un rapide retour à la normale qui serait la conséquence de nouvelles règlementations et d&#8217;une moralisation du capitalisme, les politiciens et opportunistes de tout acabit peinent à voir ce que de plus en plus d&#8217;observateurs constatent: la crise actuelle marque la fin d&#8217;une époque.</p>
<p>Cette crise est le résultat d&#8217;une évolution normale et naturelle du capitalisme. Le fruit de la misère ne tombe jamais loin de l&#8217;arbre de l&#8217;exploitation. Du néolibéralisme caractéristique des trente dernières années à la financiarisation de l&#8217;économie, des hypothèques à risques américaines à la crise du papier commercial, de la crise alimentaire mondiale à la crise actuelle, il y a un enchaînement causal indéniable, propre au système capitaliste.</p>
<p>Comprendre la situation actuelle est le préalable à une action efficace. Ce texte veut en conséquence contribuer à une essentielle renaissance de la critique de l&#8217;économie politique.<br />
<br />
<span id="more-79"></span></p>
<p><strong>Des trente glorieuses à la stagflation</strong></p>
<p>Pour bien comprendre la crise actuelle, il nous faut faire un retour en arrière jusqu&#8217;à la fin de la deuxième guerre mondiale, en 1944, dans une petite ville du New-Hampshire nommée Bretton Woods. Se souvenant des soubresauts provoqués par la crise de 1929, que seule la guerre mondiale avait pu résorber, les dirigeants des principaux pays alliés mettent alors sur pied un nouveau système économique international destiné à être implanté à la fin de la guerre.</p>
<p>Les accords de Bretton Woods mettent sur pied un nouveau système monétaire international, fondé sur le dollar américain, dont la convertibilité avec l&#8217;or au prix de 35$ l&#8217;once garanti la stabilité du système international de change. On établi aussi des institutions chargées de garantir et « d&#8217;aider », au besoin, les pays en rupture de paiement par l&#8217;octroi de prêts destinés à stabiliser et à garantir les échanges internationaux, de même que des prêts à plus long terme servant à financer des infrastructures économiques permettant à des pays en retard de produire pour l&#8217;exportation. Ces institutions, le Fond monétaire international pour les prêts à court terme aux pays en rupture de paiement, et la Banque mondiale pour le financement des infrastructures, vont jouer un rôle prépondérant dans la réorganisation du commerce international et aideront largement les états impérialistes à conserver leur position dominante dans l&#8217;économie mondiale.</p>
<p>Le nouveau système monétaire international va permettre au capitalisme d&#8217;entamer la plus grande période de croissance de son histoire, de 1945 à 1971, sur des bases solides. La croissance de cette période tire sa source dans une nouvelle organisation du travail et de nouvelles technologies qui vont relancer la croissance, elle-même stimulée par des destructions sans précédant en Europe et en Asie causée par la Seconde guerre mondiale.</p>
<p>En même temps, la division internationale du travail et les institutions fondées pour en garantir la fluidité (BM et FMI) vont permettre le drainage des ressources des pays en voie de développement vers les métropoles impérialistes, assurant du même coup des surprofits coloniaux juteux aux oligopoles transnationaux. C&#8217;est cette nouvelle stabilité dans les échanges internationaux &#8211; fondamentalement inégalitaire &#8211; qui placera de plus en plus les oligopoles transnationaux dans une position de force face à un nombre grandissant d&#8217;États et de communautés. Cette nouvelle force constituera la base sur laquelle, à partir des années 1980, s&#8217;édifiera un régime d&#8217;accumulation du capital véritablement international.</p>
<p>La plupart des États industrialisés adoptent dans cette période une politique économique d&#8217;inspiration keynésienne, ce qui veut dire qu&#8217;on intervient beaucoup dans l&#8217;économie: on prends en charge les grands travaux d&#8217;infrastructures que le secteur privé est incapable de financer, on construit des routes, des écoles, des hôpitaux, on élargi l&#8217;accès aux études supérieures, on instaure l&#8217;aide sociale, on modernise l&#8217;agriculture, on subventionne les entreprises pour stimuler le développement économique.</p>
<p>En même temps, on garanti une relative paix sociale en instaurant des lois sur les relations de travail qui vont officialiser la place des grands syndicats bureaucratiques dans l&#8217;économie, on va adopter des lois d&#8217;utilité sociale pour protéger les travailleurs contre les abus les plus criants des patrons, la sécurité d&#8217;emploi va s&#8217;étendre et les salaires vont s&#8217;élever sensiblement.</p>
<p>À partir du milieu des années 1960, toutefois, des signes d&#8217;affaiblissement de la croissance commencent à se faire voir, et en 1971, la crise éclate ouvertement. Incapable de supporter plus longtemps le système de change international alors que leur balance commerciale est lourdement déficitaire, les États-Unis abandonnent la convertibilité du dollar en or, instaurant ainsi de facto un système monétaire international basé sur des cours de change flottant.</p>
<p>En 1974, les graves problèmes que subissent les économies mondiales se transforment en la plus grave crise économique depuis la fin de la guerre. Les patrons tentent d&#8217;abord de répondre à la crise par les moyens habituels : extension du crédit, politiques inflationnistes, dépenses gouvernementales et politique de relance. Bien vite, ces solution apparaissent limitées et la fin des années 1970 est marquée par une inflation galopante et par des taux d&#8217;intérêts qui grimpent en flèche pour juguler l&#8217;inflation, alors que la croissance stagne. Ce phénomène, inflation élevée et stagnation économique, sera nommé stagflation. Un des facteurs d&#8217;aggravation de la crise fut la combativité de la main-d&#8217;œuvre et les luttes radicales, souvent très dures, des années 1970. Alors que les taux de profits baissent et que les gouvernements se lancent dans des politiques de stimulation économique débouchant sur l&#8217;inflation, le prolétariat refuse de payer seul le prix de la crise et réclame par ses luttes des hausses de salaires conséquentes avec la hausse des prix. C&#8217;est la fin du modèle de développement économique qui a cours depuis 1945, les politiques de relance keynésienne causant désormais une inflation si élevée qu&#8217;elle en annule les effets bénéfiques, et la forte combativité ouvrière exigeant que le patronat casse violemment les syndicats les plus combatifs<a name="sdfootnote1anc" href="#sdfootnote1sym"><sup>1</sup></a>.</p>
<p><strong>Les causes de la crise</strong></p>
<p>Les causes de cette crise généralisée du régime d&#8217;accumulation du capital propre aux trentes glorieuses sont caractéristiques de l&#8217;impasse fondamentale dans laquelle le capitalisme tardif se trouve. En effet, le capital social total, c&#8217;est-à-dire l&#8217;ensemble du capital dans toute la société, est constamment soumis à des impératifs d&#8217;accumulation. L&#8217;accumulation du capital implique qu&#8217;une partie de la plus-value<a name="sdfootnote2anc" href="#sdfootnote2sym"><sup>2</sup></a> produite par le travail soit réinjectée dans le capital pour que celui-ci grandisse. Or ce processus d&#8217;accumulation cause une chute des taux de profits<a name="sdfootnote3anc" href="#sdfootnote3sym"><sup>3</sup></a>, chute qui sera à la base de la crise structurelle des années 1970.</p>
<p>La tendance à l&#8217;accumulation du capital développe les forces productives par un processus qui alloue les capitaux aux diverses branches d&#8217;industries en fonction des taux de profits<a name="sdfootnote4anc" href="#sdfootnote4sym"><sup>4</sup></a> que chacune d&#8217;entre elle offre. Quand une branche d&#8217;industrie offre des profits intéressants, les capitaux y affluent à la recherche de profits supérieurs à la moyenne. Comme chaque capitaliste cherche à baisser ses coûts de production pour être à même de baisser ses prix et d&#8217;avoir un avantage sur la concurrence, les investissements se font donc dans de nouvelles machines, de nouveaux équipements et de nouveaux procédés de production qui auront pour effet d&#8217;augmenter la productivité du travail,et donc réduiront les coûts de production. Cette affluence de capitaux amène donc des transformations dans la structure du capital de ladite branche d&#8217;industrie, en faisant augmenter la composition organique du capital<a name="sdfootnote5anc" href="#sdfootnote5sym"><sup>5</sup></a>.</p>
<p>À un certain moment, par la suite de la saturation de la demande et de la stabilisation de la concurrence, les taux de profits de la branche d&#8217;industrie en question se réalignent vers le taux de profit moyen. Quand cet alignement est pleinement réalisé, ou quand suite à une surproduction les taux de profits chutent en bas de la moyenne, les capitaux cessent d&#8217;être attirés vers cette branche d&#8217;industrie et migrent vers une autre branche, répétant le même processus d&#8217;élévation de la composition organique du capital de branche en branche, jusqu&#8217;à avoir fait le tour de tous les secteurs profitables.</p>
<p>Ainsi, poussé par la recherche des taux de profits les plus élevés, le capital est constamment dans une dynamique d&#8217;accumulation qui constitue pour lui une question de vie ou de mort. Mais ce mouvement d&#8217;accumulation comporte lui-même une contradiction importante, qui sera à la source de la crise des années 1970. En effet, sce mouvement d&#8217;accumulation conduit à une réduction toujours plus prononcée de la part du travail vivant dans la production des marchandises. Comme seul le travail vivant est producteur de valeur<a name="sdfootnote6anc" href="#sdfootnote6sym"><sup>6</sup></a>, et donc de la  plus-value à la base du profit, il en résulte que le taux de profit a tendance à diminuer à chaque cycle d&#8217;accumulation du capital.</p>
<p>Dans les années 1970, l&#8217;accumulation du capital atteint un point tel que les contre-tendances à la baisse du taux de profit n&#8217;opèrent plus. Le résultat est une crise de valorisation du capital, celui-ci ayant de plus en plus de difficultés à continuer à croître et à générer des profits. En même temps, un capital ayant une composition organique très élevée est plus vulnérable aux crises, parce que les crises menacent la reproduction du capital constant. La main-d&#8217;œuvre est en effet flexible à souhaits, et le capitaliste peut rapidement mettre au chômage les travailleurs quand les choses vont mal, mettant ainsi le poids de la reproduction de la force de travail sur le dos des travailleurs eux-mêmes. Mais il en va autrement avec les machines, le capital constant, pour lequel le capitaliste n&#8217;a d&#8217;autre choix, qu&#8217;il y ait production ou non, d&#8217;en assumer l&#8217;achat. La part grandissante du capital constant par rapport au capital total ne fait qu&#8217;aggraver le problème.</p>
<p>La crise auquel fait face le capitalisme vers la fin des années 1970 le place donc devant des difficultés de nature structurelles, alors que des événements de nature conjoncturelles, comme le choc pétrolier, viennent aggraver la crise, sans toutefois la causer comme le veut la légende populaire.</p>
<p><strong>Le néolibéralisme: la croissance par l&#8217;endettement</strong></p>
<p>La solution pour répondre à la crise devient rapidement évidente : il faudra attaquer directement les acquis des travailleurs pour relancer les profits. Dès lors, le cycle que nous connaissons bien est commencé. Il sera marqué par une série d&#8217;attaques contre le prolétariat que certains nommeront néolibéralisme.</p>
<p>Le néolibéralisme est basé sur le contrôle maximal des coûts de main-d&#8217;œuvre et la lutte à tout prix contre l&#8217;inflation salariale (c&#8217;est-à-dire contre l&#8217;augmentation des salaires). Il se caractérise par  plusieurs délocalisations de la production vers le Tiers-Monde, des compressions dans les programmes sociaux, des diminutions de salaires, l&#8217;élagage de la fonction publique, le retour au travail précaire, des licenciements massifs et l&#8217;instauration de la concurrence mondiale entre travailleurs. Puis, dans une deuxième phase, il sera marqué par une extension des domaines de valorisation du capital : on veut ouvrir la santé, l&#8217;école, l&#8217;eau potable et tout une série d&#8217;activités productives au capital. On palliera, en partie, la baisse des taux de profit en s&#8217;appropriant de manière privée une plus-value autrefois distribuée plus ou moins socialement. C&#8217;est une nouvelle configuration du capitalisme qui voit le jour dans les années 1980, le néolibéralisme</p>
<p>Mais les coupes drastiques dans les salaires ont l&#8217;effet de faire diminuer la demande solvable, c&#8217;est-à-dire la capacité de consommation des masses. Les licenciements massifs, les délocalisations, les coupes dans la fonction publique tirent vers le bas les revenus des ménages, alors qu&#8217;en termes absolus la production mondiale continue son ascension et sa croissance. Aux États-Unis &#8211; pays qui par son poids économique et politique peut être considéré comme baromètre &#8211; le revenu médian réel des ménages n&#8217;a augmenté que de 13% entre 1979 et 2005<a name="sdfootnote7anc" href="#sdfootnote7sym"><sup>7</sup></a>. Encore pire, selon le Bureau of Labor Statistics, le salaire horaire moyen des travailleurs non-superviseurs a diminué depuis 1970<a name="sdfootnote8anc" href="#sdfootnote8sym"><sup>8</sup></a>. Au Canada, le salaire médian réel n&#8217;a augmenté que de 0,1%, ce qui veut dire que les salaires des 50% les plus pauvres n&#8217;ont pas augmentés depuis 30 ans<a name="sdfootnote9anc" href="#sdfootnote9sym"><sup>9</sup></a>. des Et ces chiffres sont certainement en deçà de la réalité: étant donné que les statistiques de l&#8217;inflation sont fortement biaisées<a name="sdfootnote10anc" href="#sdfootnote10sym"><sup>10</sup></a>, l&#8217;augmentation du revenu médian des ménages est probablement négative.</p>
<p>C&#8217;est donc dire que durant la période « néolibérale » (1980-2008), les salaires réels ont baissés, ou au mieux stagnés.  À cette tendance lourde d&#8217;abaisser les salaires et les avantages sociaux directs, il faut ajouter une autre tendance systématique de cette période qui fut la diminution du salaire social, c&#8217;est-à-dire des prestations, en argent ou en services, offerts par l&#8217;État aux travailleurs et travailleuses. Ces années sont les années de vaches maigres pour les services publics, et sont accompagnées en bruit de fond par un discours ultralibéral à saveur économique qui devient rapidement omniprésent dans des média de masses de plus en plus concentrés dans les mains des plus riches. Il faut dire que ces média ont fort justement servi les intérêts de leurs propriétaires, les revenus du 0,1% des américains les plus riches ayant augmentés de 296% durant la période 1979-2005<a name="sdfootnote11anc" href="#sdfootnote11sym"><sup>11</sup></a> !</p>
<p>Dans les économies des pays industriels avancés, la consommation des ménages compte pour environ les 2/3 du PIB. C&#8217;est dire toute l&#8217;importance pour le système d&#8217;avoir un bassin de population capable d&#8217;absorber l&#8217;offre en consommant suffisamment. La diminution des revenus réels durant la période néolibérale aurait en conséquence dû mener à un effondrement de la croissance, voire vers une dépression extrêmement grave. S&#8217;il est vrai que la croissance de la période a été anémique, et que 3 récessions (1982, 1990, 2001) l&#8217;ont traversée, la demande ne s&#8217;est pas brutalement effondrée parce que le recours au crédit s&#8217;est considérablement accru durant la même période.</p>
<p>Alors que l&#8217;endettement des ménages dans les années 1970 était relativement faible, il n&#8217;a cessé de croître depuis, atteignant 96% du revenu annuel des ménages américains en 1996, pour grimper à 129% en 2001. Au Canada, l&#8217;endettement des ménages est passé de 80% en 1990 à 130% en 2008, alors que le taux d&#8217;épargne a chuté de 13% à 3% durant la même période<a name="sdfootnote12anc" href="#sdfootnote12sym"><sup>12</sup></a>. Et ces chiffres sont généralisables à la plupart des pays industrialisés. L&#8217;extension du crédit est telle qu&#8217;elle est maintenant responsable de toute la croissance économique, tant en Europe qu&#8217;en Amérique<a name="sdfootnote13anc" href="#sdfootnote13sym"><sup>13</sup></a>. On a donc compensé les diminutions de salaires, et la baisse de la demande qui y corresponds, avec un endettement privé massif.</p>
<p>La croissance chinoise elle-même, nouvelle vedette du capitalisme, est basée sur l&#8217;endettement massif des États-Unis et sur des excédants commerciaux fantastiques, correspondant de l&#8217;autre côté de la transaction avec des déficits de la balance commerciale US de plus en plus abyssaux. Mais la Chine paiera chèrement sa dépendance vis-à-vis la consommation américaine par l&#8217;endettement. D&#8217;abord parce que la limitation du crédit et les multiples défauts de paiements actuels tariront la demande pour ses produits d&#8217;exportations. Ensuite parce que ses exportations étant payées en dollars US, la Chine &#8211; qui a constitué avec ce magot des réserves de change considérables &#8211; s&#8217;expose fortement a une plus que probable dévaluation du dollar US<a name="sdfootnote14anc" href="#sdfootnote14sym"><sup>14</sup></a>.</p>
<p>La configuration néolibérale du capitalisme a vu le jour pour tenter de résoudre les difficultés croissantes de valorisation du capital, qui s&#8217;exprimaient dans une baisse de profitabilité des investissements et dans des épisodes de surproduction de plus en plus violents, comme en témoignent les crises de 1974 et de 1982. Cette tendance à la baisse des taux de profits s&#8217;est paradoxalement accompagnée d&#8217;une hausse fulgurante des liquidités disponibles, qui a elle-même permis le modèle de relance de la consommation basé sur la maximisation du crédit. En effet, il est typique des crises économiques de voir la quantité de liquidités augmenter, les capitaux disponibles ne souhaitant pas risquer des investissements aux rendements incertains et aux risques trop élevés. Cette tendance est elle-même renforcée par la diminution des profits, qui décourage les investissements.</p>
<p><strong>L&#8217;explosion de la finance</strong></p>
<p>C&#8217;est pourquoi, parallèlement aux attaques contre les travailleurs et à la restructuration néolibérale de l&#8217;économie productive, la finance va devenir prédominante à partir des années 1980. Cette prédominance s&#8217;explique par plusieurs facteurs, dont la naissance d&#8217;un système de production de plus en plus mondialisé, phénomène favorisé par l&#8217;extension de la sous-traitance et la libéralisation des lois et règlements régulant les échanges internationaux. De plus, il faut voir que la crise systémique commencée dans les années 1970 a dégagé une masse importante de capitaux qui ne trouvent plus des taux de profits suffisant dans l&#8217;économie productive et qui vont tenter de se valoriser dans une sphère financière de plus en plus déconnectée de l&#8217;économie réelle.</p>
<p>La sphère financière a bercé les illusions de plusieurs sur la capacité du capital à produire de l&#8217;argent avec de l&#8217;argent, sans passer par l&#8217;étape de la production réelle. Le capital fictif se transige sur un marché distinct de celui des marchandises, selon des lois distinctes, renforçant ainsi l&#8217;illusion qu&#8217;il est un véritable capital à côté de celui qu&#8217;il représente. Dans le monde de la finance, même un montagne de dettes peut passer pour de la richesse, puisqu&#8217;on peut vendre et acheter des titres de dettes. Mais la déconnexion croissante de la finance et de la capitalisation boursière vis-à-vis du PIB a tranquillement fait évoluer les marchés financiers vers un sommet, dans lequel les valeurs boursières sont sans commune mesure avec la valeur réelle des actifs.</p>
<p>Ainsi dans les années 1990, les cours boursiers ont progressé de façon spectaculaire, alors que la croissance était plutôt limitée, et malgré de nombreuses fermetures d&#8217;entreprises. Les entreprises qui annonçaient des mises à pied massives, vu la contraction de la demande, se voyaient récompensée par des hausses importantes de la valeur de leurs titres. Des transnationales achetèrent leurs concurrents, non dans le but de réaliser des économies d&#8217;échelle ou de mettre la main sur des capacités de production qu&#8217;elles n&#8217;avaient pas, mais dans le simple objectif de réduire la concurrence, et ceci à des coûts nettement plus élevés que la valeur réelle des actifs ainsi acquis.</p>
<p>Cette déconnexion existe parce que la sphère financière a ceci de particulier qu&#8217;elle est le royaume du capital fictif, capital constitué de titres comme des actions, des obligations, des options, des titres de dettes, titres qui sont en fait des revenus futurs anticipés, qui ne sont pas encore réalisés.</p>
<p>Or, comme le capital fictif est une anticipation de revenus futurs, de la richesse future, il est en quelque sorte un  modèle « d&#8217;économie casino », qui attire naturellement les manipulations comptables diverses, les fraudes<a name="sdfootnote15anc" href="#sdfootnote15sym"><sup>15</sup></a> et les schémas de Ponzi<a name="sdfootnote16anc" href="#sdfootnote16sym"><sup>16</sup></a>. Les gouvernements ont favorisé cet état de fait en libéralisant les normes comptables<a name="sdfootnote17anc" href="#sdfootnote17sym"><sup>17</sup></a> et en permettant une circulation sans limite des capitaux, ce qui a rendu toute surveillance absolument vaine.</p>
<p>La croissance du capital fictif, de la sphère financière, a suivi une courbe ascendante proportionnelle avec l&#8217;offre de crédit aux ménages et aux États. La raison en est toute naturelle: si les détenteurs de capitaux estiment que la croissance future sera considérable &#8211; et c&#8217;est ce que veut dire, en définitive une croissance boursière considérable &#8211; il est donc logique et sécuritaire d&#8217;augmenter l&#8217;offre de crédit, puisque la croissance escomptée fournira aux emprunteurs les moyens futurs de remboursement de leur dette.</p>
<p>En même temps, en l&#8217;absence d&#8217;investissements productifs gratifiant le capital de taux de profits conséquents, provoque, depuis les années 1980, une crise de suraccumulation des capitaux, c&#8217;est-à-dire qu&#8217;il y a trop de capitaux disponibles pour ce qu&#8217;il est effectivement possible d&#8217;investir dans la production. Ces capitaux seront naturellement attirés par les rendements promis par les banques, les sociétés de financement hypothécaires, les compagnies de cartes de crédit, de financement automobile, et autres société spécialisées dans l&#8217;offre de crédit.</p>
<p><strong>Les subprimes</strong></p>
<p>Après l&#8217;éclatement la bulle des techno en 2000, les capitaux en manque de valorisation ont cherché un terrain fertile pour continuer à rapporter des dividendes à leurs propriétaires. Le secteur de l&#8217;immobilier leur offrira l&#8217;occasion d&#8217;investir leurs capitaux, stimulé par des taux d&#8217;intérêts très bas, vu l&#8217;abondance de capitaux disponibles. Une politique de dérèglementation du marché hypothécaire, comprenant l&#8217;autorisation de prêts sur 40 ans et de prêts représentant 110% de la valeur de la maison achèvera de préparer le terrain à l&#8217;invasion de la finance dans l&#8217;immobilier.</p>
<p>Les institutions de crédit américaines vont développer tout un système pour attirer dans leurs filets les ménages américains à qui on fait subitement miroiter des maisons luxueuses  et accessible facilement, vu le relâchement des règles sur le crédit hypothécaire. Les banques et les institutions de crédit hypothécaire, comme Freddy Mac et Fannie Mae, vont se mettre à financer toute une série de prêts à haut risques à des ménages normalement insolvables. Entre 1994 et 2003, la valeur de ces prêts à risque passera de 35G$ à 332G$<a name="sdfootnote18anc" href="#sdfootnote18sym"><sup>18</sup></a>.</p>
<p>Parallèlement à cela, les ménages déjà propriétaires de leur maison mais qui disposent de revenus de plus en plus limités, comme nous venons de le voir, se verront offrir des marges de crédits hypothécaire, donc un crédit garanti par la valeur résiduelle de la maison.</p>
<p>Tout ce beau système fonctionne tant que les prix immobiliers augmentent et que les taux d&#8217;intérêts restent bas. Mais à partir de 2006, la valeur de revente des maisons commence à diminuer, alors que les maisons neuves se vendent de moins en moins bien. C&#8217;est que poussés vers le haut par les emprunts pour financer la guerre en Irak, les taux d&#8217;intérêts US passent de 1% en 2004 à 5,25% en 2006.</p>
<p>Ces changements sont aggravés par la structure même des subprimes, les hypothèques à risques américaines. En effet, les hypothèque « subprimes », ou hypothèques à surprime, sont consenties à des taux flottants, laissant l&#8217;emprunteur à la merci d&#8217;une hausse des taux d&#8217;intérêts, et incluent aussi une surprime de risque encaissée par le prêteur pour « compenser » le risque représenté par l&#8217;éventuelle insolvabilité des ménages. De plus, les subprimes sont ainsi conçus pour que la surprime ne soit pas payable au début du terme de 5 ans, mais selon un ordre croissant d&#8217;année en année. Ainsi, l&#8217;année 1 est au taux normal, l&#8217;année 2 au taux normal assorti d&#8217;une surprime de 1%, l&#8217;année 3 au taux normal assorti d&#8217;une surprime de 2%<a name="sdfootnote19anc" href="#sdfootnote19sym"><sup>19</sup></a>, et ainsi de suite. Donc plus on avance dans le temps, plus les taux d&#8217;intérêts payés par les emprunteurs montent, autant à cause de la prime de risque qu&#8217;à cause de la hausse des taux officiels.</p>
<p>En 2006, le système se met à avoir des ratés, et les premières vagues de défauts de paiement commencent à apparaître. En 2007, c&#8217;est 1,3 millions de ménages qui perdent leur logement, et la croissance des saisies immobilière progressera jusqu&#8217;à ce jour de près de 100 000 par mois<a name="sdfootnote20anc" href="#sdfootnote20sym"><sup>20</sup></a>. Quand on sait le peu de filet de sécurité sociale dont les américains disposent, et si on ajoute que le marché locatif est proportionnellement beaucoup moins important qu&#8217;au Canada, on comprends à quel point une telle hécatombe immobilière a pu toucher les travailleurs et les pauvres aux États-Unis.</p>
<p><strong>Des subprimes au PCAA</strong></p>
<p>Mais les malheurs des pauvres vont, pour une fois, faire aussi le malheur des riches, car la crise immobilière américaine se transmettra à l&#8217;ensemble de la finance mondiale par le biais d&#8217;un instrument financier complexe, le PCAA (papier commercial adossé à des actifs).</p>
<p>Le PCAA est un titre financier qui regroupe plusieurs créances différentes comportant des niveau de risques différents, que l&#8217;on vend sur les marchés financiers pour pouvoir financer de nouveaux prêts, et dont l&#8217;échéance est très courte. En échange de son capital, l&#8217;acheteur de PCAA se voit attribuer une part des intérêts perçus par les prêteurs. C&#8217;est par l&#8217;émission de PCAA que les prêteurs hypothécaires américains vont financer leurs prêts à risque, et ils y incluront toutes sortes d&#8217;autres créances comme des prêts auto, des créances de cartes de crédit, etc.</p>
<p>Quand les acheteurs de PCAA se rendent comptent que ces titres sont adossés à de mauvaises créances &#8211; les subprimes &#8211; ils refusent de renouveler leur achat à l&#8217;échéance, très courte comme nous l&#8217;avons vu, forçant ainsi les émetteurs de PCAA à diminuer drastiquement leurs liquidités pour racheter les titres. De même, beaucoup de banques, de fonds de pension<a name="sdfootnote21anc" href="#sdfootnote21sym"><sup>21</sup></a> et d&#8217;investisseurs majeurs restèrent « pris » avec des PCAA, refusant de les vendre aux prix dérisoires qu&#8217;ils avaient atteints<a name="sdfootnote22anc" href="#sdfootnote22sym"><sup>22</sup></a>.</p>
<p>Les spéculateurs qui avaient réussi à se dégager à temps des PCAA ont évidemment trouvé de nouveaux horizons pour tenter de valoriser tant bien que mal leur capitaux. La récente crise alimentaire mondiale, épisode de famine paradoxal dans un monde où règne de façon générale la surproduction, s&#8217;explique en partie par le déplacement de ces capitaux vers les marchés des matières premières<a name="sdfootnote23anc" href="#sdfootnote23sym"><sup>23</sup></a>, alimentaires et pétroliers principalement. Cet épisode de spéculation fut de courte durée car les fonds spéculatifs durent faire face à la crise des liquidités bancaires, et virent leurs crédits coupés.</p>
<p><strong>La crise financière</strong></p>
<p>La crise du PCAA débouchera sur une crise des liquidités bancaires, certaines des plus grosses banques du monde éprouvant de sérieuses difficultés<a name="sdfootnote24anc" href="#sdfootnote24sym"><sup>24</sup></a> à financer leurs opérations courantes alors que d&#8217;autres feront faillite<a name="sdfootnote25anc" href="#sdfootnote25sym"><sup>25</sup></a>. Refusant de se prêter entre elles et refusant de plus en plus de prêts aux particuliers et aux entreprises, les banques tariront le crédit facile et peu coûteux qui avait été à la base de la croissance des dernières années.</p>
<p>Cette crise bancaire provoquera un effet domino sur les marchés financiers, et les détenteurs de capitaux qui tentent tant bien que mal d&#8217;encaisser en liquide leur capital sont mis devant le caractère largement fictif de celui-ci. Les compagnie d&#8217;assurances, dangereusement exposées au PCAA parce qu&#8217;elles en avaient garantie le capital, sont mise en danger par des réclamations de plus en plus élevées. La plus grande compagnie d&#8217;assurances au monde, l&#8217;American Insurance Group (AIG) devra se résigner à la nationalisation partielle de ses actifs, à la hauteur de 80G$, faute de quoi elle se retrouverait en situation de défaut de paiement vis-à-vis ses assurés. Les fonds spéculatifs et les fonds de couverture, utilisant leurs marges de crédit pour spéculer, se voient obligés de liquider en catastrophe leurs positions suite aux rappels de leurs marges provenant de banques cherchant des liquidités. Comme nous l&#8217;avons vu plus haut, cette situation eu pour effet de faire reculer les prix des matières premières, pétrole et nourriture en premier lieu.</p>
<p>En septembre 2008, les marchés boursiers, déjà en baisse depuis octobre 2007, plongent de plus belle, et pour longtemps. La situation ne se stabilisera que tranquillement à partir de novembre, mais avec une chute de 43% de la valeur des capitalisations boursières par-rapport à leur sommet de 2007. Depuis, les marchés boursiers stagnent, le Dow Jones oscillant au gré des nouvelles économiques autour de 8000 points.</p>
<p><strong>La crise économique de 2008</strong></p>
<p>Le fait que la crise éclate dans l&#8217;immobilier peut être considéré comme un facteur aggravant, étant donné que ce secteur est caractérisé par un temps de circulation du capital relativement long. En effet, comme toute crise sous le capitalisme, la crise de 2008 est une crise de surproduction, dans ce cas-ci de maisons. Ce qui crée la possibilité d&#8217;une crise de surproduction, c&#8217;est l&#8217;écart qui existe entre le moment où la décision d&#8217;investissement est prise et le moment de la réalisation (vente) de ce même investissement. Entre ces deux moments, il est en effet possible que la demande solvable ait été satisfaite, car il n&#8217;existe aucun moyen de limiter la quantité des investissements dans un secteur donné. On peut donc décider d&#8217;investir dans un marché en demande, et arriver à offrir notre marchandise seulement au moment où la demande se contracte. Si plusieurs agents économiques font de même, on a une crise de surproduction, avec effondrement des prix, comme en 2006. Contrairement à d&#8217;autres secteurs, où une forte demande peut être satisfaite rapidement parce que les capacité productives sont sous-utilisées, l&#8217;immobilier se caractérise par un cycle de circulation du capital plus long, ce qui fait que les quantités de capitaux ayant trop produit sont beaucoup plus élevés.</p>
<p>Le tarissement du crédit a débouché, en 2008, sur une baisse de la demande solvable au niveau mondial, avec toutes les conséquences économiques que cela amène. Les secteurs les plus touchés au départ sont ceux de l&#8217;automobile et de l&#8217;immobilier, largement dépendants de l&#8217;offre de crédit à rabais. Mais l&#8217;importance relative de ces secteurs dans l&#8217;économie capitaliste, couplé à un ralentissement général de la consommation, conduit déjà plusieurs autres secteurs à faire des mises à pieds massives<a name="sdfootnote26anc" href="#sdfootnote26sym"><sup>26</sup></a>.</p>
<p>Comme toujours ce sont les travailleurs qui paieront la facture de la crise. Les mises à pieds massives des derniers mois ont fait exploser le chômage un peu partout, encore une fois beaucoup plus que dans les statistiques officielles, étant donné qu&#8217;elle ne font pas la différence entre un emploi à temps partiel et un emploi à temps plein.</p>
<p>Il est aussi certain que l&#8217;on demandera aux travailleurs et aux travailleuses de travailler encore pour moins cher, les plans de relance américain dans l&#8217;automobile étant conditionnels à des concessions salariales de la part des syndiqués, qui verront leurs salaires diminuer de moitié. La flexibilité de la main-d&#8217;œuvre, devant une demande anémique, sera augmentée, pour permettre aux patrons de diminuer les coûteux « temps morts » durant lesquels les travailleurs bien que sur les lieux de travail, disponibles et payés, ne travaillent pas.</p>
<p>Enfin, l&#8217;arrivée massive des déficits dans les budgets d&#8217;États, déficits engrangés pour relancer l&#8217;économie et permettre de nouveau aux patrons de faire des profits faramineux sur notre dos, constitueront à terme, surtout si on les couple avec des baisses d&#8217;impôts, le prétexte tout trouvé pour diminuer de nouveau la part des impôts des travailleurs qui leur est distribuée sous forme de services ou de prestations sociales. Il s&#8217;agit ici d&#8217;une baisse de salaire &#8211; le salaire social &#8211; plus difficile à voir que la baisse du salaire disponible, mais non moins réelle. Les pressions se feront d&#8217;autant plus fortes que certains secteurs d&#8217;État ont des potentiels de rentabilité élevées et que les capitalistes voudront certainement profiter de ces secteurs pour se refaire une santé<a name="sdfootnote27anc" href="#sdfootnote27sym"><sup>27</sup></a>.</p>
<p>Le taux d&#8217;endettement spectaculaire des États et des entreprises auront aussi un impact majeur sur l&#8217;inflation, déjà suffisamment élevée avant l&#8217;éclatement de la crise<a name="sdfootnote28anc" href="#sdfootnote28sym"><sup>28</sup></a>, car de telles dettes sont virtuellement impossibles à rembourser<a name="sdfootnote29anc" href="#sdfootnote29sym"><sup>29</sup></a>. L&#8217;État n&#8217;aura donc d&#8217;autre choix que d&#8217;avoir recours à la création monétaire, ce qui veux dire que les prix augmenteront substantiellement, alors que la crise rendra difficile toute progression salariale.</p>
<p>Enfin, tout le modèle des pensions par capitalisation est en danger. Les travailleurs qui ont cotisés toute leur vie dans un fonds de pension en pensant protéger leurs vieux jours avec les rendements boursiers en sont maintenant quitte à se résigner à une retraite plus qu&#8217;appauvrie, certains fonds de pension ayant perdu jusqu&#8217;à 30%, voire 40% de leur valeur de 2007. Il est à prévoir que les pressions patronales se feront de plus en plus forte sur les salariés pour que ceux-ci acceptent de transformer leurs régimes de retraite à prestations déterminées (on reçoit à la retraite des prestations déterminées)  en régime à cotisation déterminée (on sait ce que l&#8217;on cotise, mais on ignore ce que l&#8217;on aura le jour de la retraite).</p>
<p align="justify">
<p align="justify"><strong>Une nouvelle époque commence</strong></p>
<p align="justify">
<p align="justify">La crise qui commence marque la fin d&#8217;une époque, celle dans laquelle la croissance et les revenus peuvent être assurés par l&#8217;augmentation de l&#8217;endettement. La crise exprime aussi les difficultés croissantes du capitalisme à se valoriser, à produire de la nouvelle richesse et à continuer son accumulation. Bien qu&#8217;elle ait été transmise sur toute la planète par une finance internationale au poids démesuré, la crise dépasse les horizons de la simple finance et révèle au monde que le capitalisme est un système désuet, suranné, au bout du rouleau, et que toute tentative de réforme ne fera que repousser l&#8217;ultime limite à un moment où la situation sera encore plus grave et plus incontrôlable.</p>
<p align="justify">D&#8217;autres facteurs viennent s&#8217;ajouter à la crise actuelle pour aggraver encore la situation. Le tarissement du pétrole menace les rendements agricoles, largement dépendants des combustibles fossiles, alors que les bio-carburants pourraient monopoliser une part de plus en plus importante des terres cultivables, aggravant ainsi le problème alimentaire. Le réchauffement climatique menace la survie même de l&#8217;humanité, et des actions majeures devront être entreprises rapidement pour tenter d&#8217;en limiter les effets. Des alternatives énergétiques, particulièrement l&#8217;énergie solaire, sont disponibles dès maintenant, et pourraient l&#8217;être à une large échelle si ce n&#8217;était de leur rentabilité.</p>
<p align="justify">Mais le capitalisme n&#8217;est pas intéressé par les effets sur l&#8217;environnement de sa course effrénée à l&#8217;accumulation et aux profits, c&#8217;est un système dans lequel seuls les profits comptent, et ce peu importe les conséquences. Le capitalisme, parce qu&#8217;il n&#8217;a d&#8217;autre choix que de croître indéfiniment ou bien de disparaître, ne peut pas être soutenable écologiquement. De plus, les ressources étant limitées, la croissance à l&#8217;infinie, nécessité du capitalisme, est strictement impossible. Maintenir le capitalisme indéfiniment est donc mathématiquement inconcevable. Sa disparition est impérative.</p>
<p align="justify">Déjà des premières secousses et une nette flambée des luttes marquent un possible réveil du prolétariat. Face à la crise, le prolétariat n&#8217;aura pas de fuite possible: ce sera l&#8217;appauvrissement, la dégradation des conditions de vie et de travail, la perte du logement et de l&#8217;emploi, la diminution de la couverture sociale, l&#8217;augmentation de la faim<a name="sdfootnote30anc" href="#sdfootnote30sym"><sup>30</sup></a>; ou bien la lutte pour construire un système différent, dans lequel chacun produira selon ses moyens, et chacun consommera selon ses besoins.</p>
<p align="justify">Un système dans lequel les travailleurs et les travailleuses auront un contrôle total sur ce qui doit être produit, et sur comment ça doit être produit.  Un système qui répondra directement aux besoins des gens, sans avoir besoin de passer par un marché chaotique qui surproduit des biens de luxe et nous inonde de marchandises invendables, alors que des humains, des enfants, meurent de faim, de froid, de maladies bénignes ou évitables. Un système dans lequel les classes sociales et l&#8217;exploitation seront abolis, et dans lequel l&#8217;État sera détruit et remplacé par l&#8217;administration des choses.</p>
<p align="justify">Ce système, c&#8217;est le communisme.</p>
<p align="justify">Les bases matérielles du communisme existent déjà, le capitalisme ayant socialisé la production et jeté les bases d&#8217;une appropriation directement sociale des forces productives. Les procès de production sont le fait d&#8217;un travail collectif impliquant l&#8217;interconnexion et la collaboration d&#8217;un nombre de plus en plus grand de travailleurs, dont on peut de plus en plus difficilement discerner le caractère privé, et qui mettent en œuvre des moyens tels qu&#8217;il ne sont qu&#8217;à l&#8217;échelle de la société entière. La propriété privée des moyens de production entre donc de plus en plus violemment en contradiction avec le caractère social de celle-ci, alors que la prolétarisation a ramenée la structure de classe à l&#8217;essentiel: prolétariat contre bourgeoisie.</p>
<p align="justify">Seul l&#8217;avenir nous dira si le prolétariat sera à la hauteur de sa tâche historique, celle de détruire le joug de l&#8217;exploitation sans scrupules, pour donner enfin à l&#8217;humanité le plein contrôle sur les forces productives incroyables qu&#8217;elle a fait naître. Dans un monde où la majorité de notre temps et de notre énergie est consacrée aux activités productives, ce plein contrôle est aussi la condition préalable à toute forme de véritable liberté, et est devenu une question de vie ou de mort pour l&#8217;humanité toute entière.</p>
<p align="justify">
<p><a name="sdfootnote1sym" href="#sdfootnote1anc">1</a> En 	Angleterre, Tatcher cassera les mineurs, aux USA Reagan cassera les 	contrôleur aériens, et au Québec, le PQ cassera les syndicats du 	secteur public.</p>
<p><a name="sdfootnote2sym" href="#sdfootnote2anc">2</a> La 	plus-value, c&#8217;est la portion du travail qui n&#8217;est pas payée au 	salarié et que le capitaliste s&#8217;approprie. Elle découle de la 	double nature du travail, qui en tant que valeur d&#8217;échange procure 	un salaire au travailleur, et en tant que valeur d&#8217;usage procure du 	travail au capitaliste. Dès lors que le travail est plus productif 	que ce qu&#8217;il en coûte, le capitaliste dégage une plus-value de 	l&#8217;usage de la force de travail qu&#8217;il a achetée.</p>
<p><a name="sdfootnote3sym" href="#sdfootnote3anc">3</a> Il 	existe des contre-tendances à la baisse du taux de profit. Leur 	analyse dépasse toutefois le cadre de ce texte.</p>
<p><a name="sdfootnote4sym" href="#sdfootnote4anc">4</a> Le 	taux de profit est la plus-value divisée par le capital total 	engagé, alors que le taux de la plus-value est calculé par-rapport 	au capital variable, c&#8217;est-à-dire la portion du capital affectée 	aux salaires.</p>
<p><a name="sdfootnote5sym" href="#sdfootnote5anc">5</a> La 	composition organique du capital est le rapport entre le capital 	constant (les moyens de production et les matières premières) et 	le capital variable (les salaires). L&#8217;augmentation de la composition 	organique du capital veut donc dire qu&#8217;on investit de plus en plus 	d&#8217;argent dans les moyens de production par rapport aux salaires.</p>
<p><a name="sdfootnote6sym" href="#sdfootnote6anc">6</a> Les 	machines ne produisent pas de valeur, mais elle transmettent la 	valeur qu&#8217;elle perdent en usure dans la marchandise produite.</p>
<p><a name="sdfootnote7sym" href="#sdfootnote7anc">7</a> Paul Krugman, <em><a href="http://krugman.blogs.nytimes.com/2007/09/18/introducing-this-blog/">Introducing this blog</a></em>, <em>, </em></p>
<p><a name="sdfootnote8sym" href="#sdfootnote8anc">8</a> Bureau 	of Labor Statistics, cité par Paul Krugman, <em><a href="http://www.rollingstone.com/politics/story/12699486/paul_krugman_on_the_great_wealth_transfer/print">The Great Wealth 	Transfer</a>,</em></p>
<p><a name="sdfootnote9sym" href="#sdfootnote9anc">9</a> Statistique 	Canada, n˚ 97-563-X au catalogue, mai 2008, cité dans Bernard 	Élie, <em><a href="http://www.economieautrement.uqam.ca/spip.php?article10">L&#8217;origine de la crise</a></em>, </p>
<p><a name="sdfootnote10sym" href="#sdfootnote10anc">10</a> John 	Williams, <em>Annual consumer inflation &#8211; CPI vs SGS alternate</em>, 	graphique in <em><a href="http://papamarx.wordpress.com/2009/02/04/pouvoir-d%E2%80%99achat-les-gouvernements-nous-mentent-pour-nous-voler/">Pouvoir d&#8217;achat : Les gouvernements nous 	mentent pour nous voler</a>, </em></p>
<p><a name="sdfootnote11sym" href="#sdfootnote11anc">11</a> Paul Krugman, <em><a href="http://krugman.blogs.nytimes.com/2007/09/18/introducing-this-blog/">Introducing this blog</a></em>, 	ibid</p>
<p><a name="sdfootnote12sym" href="#sdfootnote12anc">12</a> Nicolas 	Duguay, <em><a href="http://www.radio-canada.ca/nouvelles/economie-affaires/la_crise_et_vous/index.asp?id=114508">Quand l&#8217;endettement pèse sur tout l&#8217;édifice</a>, </em></p>
<p><a name="sdfootnote13sym" href="#sdfootnote13anc">13</a> Pierre 	Larrouturou,cité 	dans:<em> <a href="http://www.liberation.fr/week-end/0101116696-l-hyperliberalisme-nous-conduit-dans-le-mur">L&#8217;hyperlibéralisme nous conduit dans le mu</a>r</em>, 	</p>
<p><a name="sdfootnote14sym" href="#sdfootnote14anc">14</a> Mei 	Xinyu, <em><a href="http://www.shanghaidaily.com/article/print.asp?id=356613">It&#8217;s US dollar, 	not yuan, that&#8217;s the global problem</a></em>, 	Shangai Daily du 21 avril 2008, 	</p>
<p><a name="sdfootnote15sym" href="#sdfootnote15anc">15</a> Nortel, 	Enron, Worldcom, Norbourg, Parmalat, etc&#8230;</p>
<p><a name="sdfootnote16sym" href="#sdfootnote16anc">16</a> C&#8217;est-à-dire 	une pyramide économique, dans laquelle on paie les dividendes avec 	de nouveaux appels publics à l&#8217;épargne. Le cas de Bernard Madoff 	est le plus récent, mais durant les années 1990, quelques pays de 	l&#8217;ancien bloc soviétique s&#8217;étaient signalés par des schémas de 	Ponzi généralisés. L&#8217;Albanie s&#8217;est complètement écroulée sous 	la colère populaire en 1997 suite à l&#8217;effondrement d&#8217;une pyramide 	du genre, et la situation ne pu être « rétablie » que 	grâce à une intervention militaire italienne.</p>
<p><a name="sdfootnote17sym" href="#sdfootnote17anc">17</a> Voir 	Jacques Richard, <em>Une comptabilité sur mesure pour les 	actionnaires</em>, Manière de voir no102, page 30-33, 	décembre/janvier 2008</p>
<p><a name="sdfootnote18sym" href="#sdfootnote18anc">18</a> Louis 	Gill, <em><a href="http://classiques.uqac.ca/contemporains/gill_louis/realite_contemp_analyse_marxiste/realite_contemp_analyse_marxiste_texte.html">La réalité contemporaine à la lumière de l&#8217;analyse 	marxiste</a>, </em></p>
<p><a name="sdfootnote19sym" href="#sdfootnote19anc">19</a> Ces 	chiffres sont hypothétiques</p>
<p><a name="sdfootnote20sym" href="#sdfootnote20anc">20</a>  Ce 	chiffre pourrait bien être sous la réalité, voir Diana Olick, 	<em><a href="http://www.cnbc.com/id/28898377">Banks Sitting On An Inventory Time Bomb</a></em></p>
<p><a name="sdfootnote21sym" href="#sdfootnote21anc">21</a>  Denis 	Lessard et André Noël, <em><a href="http://lapresseaffaires.cyberpresse.ca/economie/quebec/200902/05/01-824651-la-caisse-de-depot-appauvrie-de-38-milliards.php">La caisse de dépôt appauvrie de 38 	milliards</a></em> </p>
<p><a name="sdfootnote22sym" href="#sdfootnote22anc">22</a>  Au 	Canada, le marché des PCAA a été gelé, la vente ou l&#8217;achat de 	ces titres étant interdite.</p>
<p><a name="sdfootnote23sym" href="#sdfootnote23anc">23</a> L&#8217;autre 	facteur majeur de cette crise étant l&#8217;augmentation des surfaces 	cultivées pour le biocarburant, au détriment des terres utilisées 	pour l&#8217;alimentation.</p>
<p><a name="sdfootnote24sym" href="#sdfootnote24anc">24</a> HSBC, 	Macquarie, Goldman Sachs, Bear Stearns, Morgan Stanley, Merrill 	Lynch, Citigroup, UBS, Crédit Suisse, Deutsche Bank, PNB Paribas, 	Crédit agricole, Dexia, Royal Bank of Scotland, IKB, Northern Rock, 	Alliance &amp; Leicester, Dresdner Bank, Hypo Real Estate, etc.</p>
<p><a name="sdfootnote25sym" href="#sdfootnote25anc">25</a> Lehman 	Brothers</p>
<p><a name="sdfootnote26sym" href="#sdfootnote26anc">26</a> À 	ce jour (13 février 2009), des mises à pieds importantes ont eu 	lieu dans l&#8217;acier, l&#8217;aluminium, les services financiers, les mines, 	l&#8217;aéronautique, l&#8217;industrie chimique et l&#8217;électronique, et les 	pertes d&#8217;emplois se multiplient &#8211; autant en Chine ( 20 millions !) 	qu&#8217;en Europe, aux USA (500 000 par mois) et au Canada .</p>
<p><a name="sdfootnote27sym" href="#sdfootnote27anc">27</a> Au 	Canada, la santé étant justement un de ces secteurs convoités.</p>
<p><a name="sdfootnote28sym" href="#sdfootnote28anc">28</a> John Williams, <em><a href="http://papamarx.wordpress.com/2009/02/04/pouvoir-d%E2%80%99achat-les-gouvernements-nous-mentent-pour-nous-voler/">Annual consumer inflation &#8211; CPI vs SGS 	alternate</a>, </em>ibid note 7</p>
<p><a name="sdfootnote29sym" href="#sdfootnote29anc">29</a> À 	elle seule, la dette publique totale des USA est estimée à <a href="http://www.treasurydirect.gov/NP/BPDLogin?application=np">10 718 	milliards</a>, et elle croît sans cesse.</p>
<p><a name="sdfootnote30sym" href="#sdfootnote30anc">30</a> Au 	Canada, les banques alimentaires sont de plus en plus sollicitées, 	même par des gens qui on un emploi. Aux USA, on estime que 40 	millions d&#8217;américains sont en situation d&#8217;insécurité alimentaire, 	voir: Ministère de l&#8217;Agriculture, cité in <a href="http://dndf.org/?p=2643"><em>Des 	millions d&#8217;Américains sont &#8220;en situation de très faible 	sécurité alimentaire&#8221;, selon la terminologie officielle, 	http://dndf.org/?p=2643</em></a></p>
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		<title>Grèce : Exarchia, la pépinière de l’insurrection.</title>
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		<pubDate>Mon, 09 Feb 2009 15:40:55 +0000</pubDate>
		<dc:creator>papamarx</dc:creator>
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		<description><![CDATA[vendredi 6 février 2009, par Courant Alternatif L’article qui suit ne constitue qu’une vision parcellaire de ce qui se passe en Grèce depuis décembre : il est le fruit d’un modeste séjour à Athènes, début janvier, volontairement limité au quartier d’Exarchia. Nous y sommes allés dans un esprit de solidarité internationale avec la volonté de [...]<img alt="" border="0" src="http://stats.wordpress.com/b.gif?host=papamarx.wordpress.com&amp;blog=6319702&amp;post=50&amp;subd=papamarx&amp;ref=&amp;feed=1" width="1" height="1" />]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>vendredi 6 février 2009, par <a href="http://oclibertaire.free.fr/spip.php?article483">Courant Alternatif</a><br />
<img src="http://papamarx.files.wordpress.com/2009/02/grece.jpg?w=300&#038;h=200" alt="grece" title="grece" width="300" height="200" class="alignright size-medium wp-image-51" /><br />
L’article qui suit ne constitue qu’une vision parcellaire de ce qui se passe en Grèce depuis décembre : il est le fruit d’un modeste séjour à Athènes, début janvier, volontairement limité au quartier d’Exarchia. Nous y sommes allés dans un esprit de solidarité internationale avec la volonté de comprendre et de rencontrer des personnes habitant ce quartier ou/et impliquées dans les évènements qui secouent Athènes depuis le meurtre du jeune Alexis.</p>
<p>Il nous faut cependant tout de suite préciser que si ce meurtre a constitué un élément détonateur d’importantes émeutes, le niveau des mobilisations, actions et occupations est habituellement élevé en Grèce où la conscience politique est très développée. L’héritage conscientisé de « l’époque de la dictature des colonels » de 1967 et des évènements de 1973 (entrée des chars dans l’école polytechnique occupée) n’est pas une vue de l’esprit : il est très présent dans la façon dont nombre de Grecs perçoivent les évènements y réagissent et se racontent.<br />
<br />
<span id="more-50"></span><br />
La situation économique de la Grèce a ceci de particulier que pour satisfaire aux critères de convergence du traité de Maastricht et parvenir à entrer dans la zone euro en 2002, l’Etat a volontairement fourni des chiffres erronés et transgressé les règles du pacte de stabilité. Comme partout ailleurs, des pressions importantes se sont exercées sur la protection sociale et des mesures structurelles ont été prises sur toute l’économie (privatisations, précarisation massive des travailleurs, etc.) mais ici il a fallu mettre les bouchées doubles pour tenter de réduire un déficit bien plus important que les chiffres présentés initialement.</p>
<p>Les Jeux Olympiques ont rapportés 0,5 point de croissance en 2003 et 1 point en 2004. Mais le budget général des Jeux était estimé à 4,6 milliards d’euros pour finalement atteindre…une douzaine de milliards, sans compter les 100 millions annuels pour entretenir les infrastructures surdimensionnées pour le pays.</p>
<p>Par ailleurs, la Grèce recevait jusqu’à présent des subsides européens (45 milliards pour la période 2000-2006) dont les versements se tarissent en 2009.</p>
<p>Les principales ressources économiques proviennent du tourisme. Vient ensuite la marine marchande. Pour être complet il faudrait évoquer la situation de l’agriculture qui a été littéralement ravagée par le projet du capitalisme européen, détruisant quasi totalement l’agriculture paysanne et « vivrière » pour installer le modèle industriel. Agriculture et élevage restent un secteur économique important. Cet aspect mériterait un dossier à lui seul. Ajoutons à cela l’immense destruction de territoires lors des incendies de 2007 en Péloponnèse notamment avec deux cent milles hectares agricoles et forestiers ravagés par les flammes et 4,5 millions d’oliviers détruits dans une région qui fournit 30% de la production nationale.</p>
<p>Ces quelques éléments n’expliquent qu’en partie une situation sociale très détériorée avec peu d’espoir d’amélioration des conditions de vie pour la population.</p>
<p>Athènes compte environ 5 millions d’habitants, soit près de la moitié de la population grecque. Cette répartition date de la dictature des colonels qui avait vidé la campagne de ses habitants. La métropole est constituée d’immeubles de 5 à 6 étages datant des années 60 et s’étend à perte de vue.<br />
Il n’y a pas vraiment de « banlieues » (au sens de lieu de relégation telles que nous les connaissons, de grandes forteresses urbaines) : les quartiers sont plus ou moins pauvres et le brassage des populations reste encore relativement important.</p>
<p><strong>Exarchia, foyer des évènements de décembre</strong></p>
<p>Exarchia est un des quartiers du centre de la ville où se côtoient des personnes de classes d’âge et de classes sociales différentes. Une pépinière de la contestation, de la rébellion. L’Ecole Polytechnique s’y trouve en bordure. A cinq minutes, l’Université d’Athènes (fac de Droit), à dix minutes le Parlement et la place Syntagma. Historiquement, Exarchia est fortement marqué par un esprit de résistance, d’anarchie. L’autonomie y est très implantée : c’est là, entre autre, que les évènements de 1973 se sont déroulés (voir article du numéro précédent). Actuellement, une quinzaine de groupes anarchistes y sont installés dont le plus ancien « Nosotros » (du mouvement anti-autoritaire) fait figure d’institution implantée avec son Centre Social autonome (lieu de rencontres, de discussions et d’échanges de savoirs ou encore de cours de langues gratuits)</p>
<p>Exarchia est un quartier d’intense activité : nombreux cafés que les autorités aimeraient pouvoir fermer, petites imprimeries et librairies, épiceries, bazars, ateliers de coutures, petit artisanat, locaux associatifs,…les rues ont gardé la parole et les murs foisonnent d’affiches militantes et politiques. Les habitants d’Exarchia se qualifient eux-mêmes comme étant le « quartier latin » d’Athènes (se référant à l’image mythique des années 60 à Paris).</p>
<p>Ce sont précisément ces types de quartiers qui ont été détruits par les requalifications urbaines partout en Europe.</p>
<p>Le siège du parti socialiste (PASOK) est installé sur la rue principale qui borde Exarchia (H. Trikoupi) justifiant la présence permanente d’un car de police anti-émeutes.</p>
<p>C’est à 100 mètres de là, dans une petite rue piétonne, fréquentée par beaucoup de gens de tous âges jusque tard en soirée, que le samedi 6 décembre vers 21 heures, un groupe de trois jeunes ont invectivé une voiture de police. L’un des flics est sorti, a insulté les jeunes et a tiré. En quelques heures, des centaines de personnes se sont retrouvées, d’abord à Exarchia, puis plus largement dans la ville (près de 10 000) et dans d’autres villes du pays pour exprimer leur colère sur les faits qui venaient de se dérouler, donnant le coup d’envoi à trois semaines d’émeutes, de révolte généralisée ou d’insurrection en marche, selon les sensibilités qui s’expriment pour qualifier ce mouvement.</p>
<p>Tous nos interlocuteurs ont insisté sur le fait que dès les premières heures, ce ne sont pas seulement les jeunes copains d’Alexis, des lycéens ou des étudiants qui ont pris part concrètement aux actions de riposte et de rébellion mais des membres de la population de tous âges. Ceux qui craignaient de descendre dans la rue jetaient des pots de fleurs ou de l’eau sur les policiers anti-émeutes qui ont très vite occupé le quartier. L’occupation policière a noyé Exarchia de milliers de mètres cube de gaz chimiques (nouvelles grenades livrées par Israël) occasionnant des abandons de logements pour quelques jours et provocant des troubles graves de santé dont trois fausses-couches.</p>
<p>Ces manifestations de révolte ont pris une ampleur totalement imprévisible en l’espace de deux à trois jours où des réactions de sympathie envers les manifestants se sont exprimées de façon très spontanée, par des petites gens, parfois des personnes âgées, particulièrement en ce qui concerne la destruction des banques et des systèmes de vidéosurveillance.</p>
<p>De plus, elles ont concerné des catégories de population différentes. Parmi eux, des jeunes issus de l’immigration et des migrants Albanais, Rom ou Afghans. Ces journées ont été nommées « magiques » par certains et ce qui s’est produit a conduit des participants organisés à considérer que les cloisons d’appartenance à tel ou tel groupe social étaient tombées pour incarner une figure d’insurgé. On retrouve en cela une certaine symétrie historique avec l’Italie de l’autonomie qui au lendemain de l’assassinat d’un étudiant dans la ville de Bologne en 1977 avait littéralement détruit toute la ville en tant que « vitrine du pouvoir et de la domination ».</p>
<p>Si une accalmie s’est dessinée pendant les fêtes de fin d’année, l’arbre de noël géant implanté devant le parlement de Grèce fût sans doute le mieux gardé d’Europe. Brûlé une première fois, le second fut imprégné de produit ignifugeant. De nombreux « petits jésus » ont été enlevés des crèches par le mouvement afin de les échanger contre la libération des prisonniers insurgés.</p>
<p>Nous avons pu constater que les habitants d’Exarchia sont restés mobilisés. Les évènements étaient commentés très librement par des personnes rencontrées dans le bus ou dans les cafés avec un espoir de reprise des mobilisations à l’occasion de la manifestation programmée le 9 janvier. Celle-ci était initialement prévue afin de commémorer l’assassinat d’un instituteur par l’extrême droite, en 1991.</p>
<p>Dans la nuit du 4 au 5 janvier, un flic s’est fait tirer dessus derrière l’Ecole Polytechnique, surveillée de près en permanence. Cet évènement déclencha une vague de perquisitions et d’arrestations. La police anti-émeutes a de nouveau envahi Exarchia, décollant les affiches hostiles, interdisant l’accès à certaines rues de la zone où s’amoncellent les fleurs, les mots de sympathie et les dépôts en tout genre à la mémoire d’Alexis.</p>
<p>Dès le lundi soir, le Comité d’Habitants tenait une assemblée pour discuter de l’attitude à adopter : un débat animé autour de la question « comment virer la police du quartier ? ». Si certains exprimaient leur peur de l’affrontement avec les « batsi » et le fait qu’ils ne cautionnaient pas qu’on leur tire dessus, pour tous il était insupportable que la police occupe Exarchia. Une femme est venue prévenir que les « batsi » étaient stationnés devant la porte du Centre Social « Nosotros » et que personne ne pouvait y entrer ou en sortir. En fin d’assemblée, vers minuit, il a été décidé que tout le monde (une centaine de personnes présentes) descende à Nosotros pour faire partir la police.</p>
<p>Face à la détermination de cette centaine de personnes, passant entre eux pour entrer à Nosotros ou s’interposer entre eux et le local, les batsi se sont retirés.</p>
<p>C’est au cours de cette même assemblée que la décision a été prise de manifester le lendemain à 13 heures pour exiger le départ de la police.</p>
<p>« Descendez dans la rue pour chasser la peur » ; « Dehors les flics, Exarchia est historiquement un quartier libre » ; « Flics, vous voulez faire quelque chose d’utile ? Suicidez- vous ! » ponctuaient la déambulation, ainsi que le fameux « Batsi, gurunia, dolofoni ! » (flics, porcs, assassins !).</p>
<p>Plus de 1000 personnes étaient présentes le lendemain pour cette manifestation qui a repris le lieu où a été tué Alexis mais qui s’est aussi rendue derrière l’Ecole Polytechnique, là où un flic avait été pris pour cible 2 nuits plus tôt, pour invectiver les « batsi » et hurler qu’un demandeur d’asile avait été tué la veille devant l’office de l’immigration par un de leur collègue. La rue répondait aussi directement à la stratégie de défense de l’assassin d’Alexis et à la propagande médiatique. En effet une des déclarations du flic avançait que lui aussi était fils d’ouvrier et ne gagnait que sept cents euros par mois, ce à quoi la manif opposait :<br />
« Batsi vous n’êtes pas les fils d’ouvriers mais les chiens des patrons »<br />
Cette manifestation a été vécue comme un succès : depuis cette date la police se tient autour du quartier mais n’occupe plus l’intérieur. Les assemblées du Comité d’Habitants se poursuivent à l’heure actuelle à un rythme d’une par semaine.</p>
<p><strong>Revenir sur l’image de l’Ecole Polytechnique</strong></p>
<p>L’Ecole Polytechnique d’Athènes a été vidée de la plupart des étudiants il y a déjà plusieurs années. Seule reste la filière architecture qui a refusé de quitter les lieux, les autres filières ont été installées aux confins d’Athènes, à environ 30 km du centre.</p>
<p>L’occupation de décembre a été réalisée par des personnes de toutes catégories sociales (travailleurs ou pas, étudiants ou pas, jeunes ou pas) de différentes sensibilités, plutôt anarchistes.</p>
<p>L’asile universitaire est toujours existant mais il a été fragilisé par une loi prévoyant que le Procureur peut, en concertation avec les profs appartenant au conseil universitaire, autoriser la police à y intervenir. Cela s’est produit une fois en 1995, avec plus de 500 arrestations.</p>
<p>En décembre, l’occupation dura 18 jours. Et les occupants ont craint une évacuation par la force mais l’Etat n’a pas choisi cette option. Par contre la police est présente en permanence derrière Polytechnique, d’autant plus depuis le tir du 5 janvier.</p>
<p>De même, le ministre de la défense de Grèce aurait proposé au gouvernement, en décembre dernier, de « régler le problème en 20 minutes », proposition qui n’a pas été retenue. L’occupation s’est stoppée de sa propre initiative le 24 décembre à minuit sur décision de l ‘assemblée ouverte des insurgés solidaires des prisonniers.</p>
<p>Dès le 8 janvier, les assemblées générales ouvertes reprenaient à l’Ecole Polytechnique. Pour la première, il s’agissait d’élaborer une affiche commune et de s’organiser pour la manifestation du 9 janvier. Plus de 500 personnes étaient présentes pour une soirée et nuit de discussion. Trois propositions d’affiche intégrant un texte s’adressant à la population, une atmosphère passionnée et passionnante, avec ses pics de tension liés à des divergences politiques de fond. Parfois des prises de parole intempestives, des engueulades, bref un bouillonnement chaotique mais créatif.</p>
<p>Plus profondément, l’enjeu de cette assemblée était la poursuite du mouvement : certains préférant se limiter au soutien aux inculpés et prisonniers de décembre, considérant de la sorte l’insurrection éteinte. D’autres voulant envisager une mobilisation beaucoup plus large, incluant des actions en direction des populations immigrées ou d’origine étrangère dans la logique des implications de décembre. Des textes aux accents lyriques ou plus lapidaires étaient évoqués et défendus. Au milieu du tumulte quelqu’un exprime sa perception des barricades brièvement : « derrière les barricades, il y a aussi le plaisir »</p>
<p>« Les conséquences de leur violence sont irréversibles »&#8230; » La haine a trouvé son reflet dans des milliers d’yeux »… « l’unité nationale s’est cassée en milliers de morceaux »&#8230; « la crise des relations sociales leur appartient »&#8230; « Nos cris sont devenus des mots qui se sont structurés »&#8230; « Seul signe sur le temps notre sensibilité est magique car elle est multiforme »… « nous sommes l’histoire vivante qui va « détruire » la cité interdite »… « Nous avons l’objectif de créer les circonstances d’un état d’urgence réel contre le patronat de ce monde, dans la durée »&#8230;</p>
<p>« Ce qui est immédiatement réversible est la détention des insurgés dans les cellules de leur démocratie. Cela concerne tous ceux qui ce sont engagés dans le combat contre la police, tous ceux qui ont compris, tous ceux qui comprendront ».</p>
<p>La référence à des évènements ayant eu lieu en France a souvent été évoquée, en particulier les émeutes de 2005 (mais pas seulement) : « si les étudiants et les immigrés se mettaient ensemble, se serait l’explosion » évoque un participant en rappelant l’intervention du Bonaparte français. Il y a aussi eu une proposition d’affiche en français « Ils ont arrêté vos gosses, n’est-il pas temps de donner une réponse ? » (16 insurgés sont des adolescents de la ville de Larissa, incriminés sous la loi antiterroriste). D’autres projets prévoyaient des textes en albanais, en turc ou en bulgare car de nombreux immigrants ont pris part aux évènements et font partie des personnes incarcérées ou inculpées à la suite des émeutes insurrectionnelles.</p>
<p>A l’issue de la manifestation du vendredi 9 janvier, alors que la police dispersait les manifestants à grands coups de grenades chimiques et procédait à des arrestations en nombre, l’Ecole Polytechnique servait à nouveau de lieu de repli où les manifestants se sont protégés de l’intervention policière et ont élaboré la suite à donner à cette journée.</p>
<p><strong>Les mobilisations de janvier </strong></p>
<p>Le 9 janvier, environ 10 000 personnes se sont rassemblées à Panepistimio (Université d’Athènes) joignant leurs revendications liées aux évènements récents (arrêts des poursuites contre les insurgés de décembre, libération des prisonniers) aux revendications sociales et à la commémoration de l’instituteur assassiné à Patras en 1991 par l’extrême droite.</p>
<p>La manifestation s’est déroulée sous haute surveillance, les hélicoptères survolaient la ville depuis le matin, 3200 policiers « spéciaux » quadrillaient le centre ville et protégeaient les galeries marchandes derrière les grilles fermées.</p>
<p>Le rassemblement a été accueillie par une sono où Kenny Arkana (entre autre) chantait à tue tête « Nous avons la rage », un bombage sur l’Université reprenait ce slogan. Une déclaration du sous-commandant Marcos, enregistrée sur Indymédia Athènes fut diffusée.</p>
<p>La manifestation a duré plusieurs heures, reliant Panepistimio à Omonia puis Syntagma où les premières grenades lacrymo fusèrent et retour à Panepistimio. Quelques caméras de vidéosurveillance ont été cassées. La police a cherché à disloquer la manifestation très vite, cherchant à éviter que les manifestants ne se réfugient dans l’Université : une partie du cortège s’est trouvé encerclée et des dizaines d’arrestations et tabassages ont eu lieu.</p>
<p>Un groupe d’avocat du « legal-team » a été molesté et arrêté également. Ce groupe participe par principe à toutes les manifestations et actions de façon à pouvoir intervenir aussitôt pour obtenir des infos et assurer autant que possible la défense des personnes arrêtées et/ou incarcérées. Les 8 avocats arrêtés ce jour-là ont déposé plainte contre l’Etat pour eux-mêmes et les personnes arrêtées avec eux rue Asklipiou.</p>
<p>L’autre partie de la manifestation s’est rendue à Exarchia et à l’Ecole Polytechnique. De violents échauffourées avec les flics ont duré jusque tard dans la nuit, ceux-ci cherchant à interdire l’accès de Polytechnique mais n’y parvenant pas.</p>
<p>Au lendemain de cette forte mobilisation, un groupe d’employés (actifs ou non), de travailleurs non payés, de travailleurs au noir, d’étudiants, de stagiaires de l’industrie des médias allait occuper le siège du syndicat des journalistes (ESIEA) pour une semaine. Ils énoncent leur solidarité aux insurgés de décembre et lient leur conditions de travail à la façon dont les patrons de médias traitent l’information : toujours du côté des dominants, appareillage idéologique de l’Etat. Ils dénoncent également le rôle de l’ESIEA qui fonctionne comme un syndicat du patronat, refuse les travailleurs tant qu’ils n’ont pas 5 années de maison avec fiches de paies. Ce qui a pour effet que sur 9000 salariés des médias, seuls 4000 sont syndiqués et possèdent donc une couverture sociale.</p>
<p>Dans les assemblées qui ont regroupé jusqu’à 600 personnes, la question du rôle des médias dans l’insurrection a été posée. Ainsi que la critique de leur fonction et des moyens d’en détourner les buts. Dans cet objectif une assemblée générale ouverte aux travailleurs du secteur a été créée et se poursuivra après l’occupation. La fin de l’occupation s’est déroulée sur le spectre d’une vague de licenciements d’une centaine de personne dans un quotidien national. En quittant le siège, l’assemblée exigeait une implication forte du syndicat pour empêcher ces licenciements !</p>
<p>Certains participants à cette occupation considèrent que leur lutte continue par l’implication soutenue contre ces licenciements annoncés. Dans la foulée, plusieurs universités du pays ont été ou sont toujours occupées (environ 70 sites en Grèce), ainsi que des mairies.</p>
<p>De même, le soutien aux inculpés et incarcérés de l’insurrection reste constant. Exemples : le 17 janvier à Larissa pour la libération des détenus arrêtés pendant les émeutes, la levée des inculpations et l’abolition de la loi antiterroriste. Le 24 janvier dans le quartier athénien de Monastiraki.</p>
<p>Signalons également le blocage du port d’Astakos, à l’appel du FPLP signalant au peuple grec le transit d’armes livrées pas les USA à Israël. La livraison a échoué.</p>
<p>Des initiatives, humbles mais symboliques, prises au cours de décembre, sont en cours de réalisation. Dans certaines villes ou quartiers, des vitrines de petits magasins ou des kiosques de rue ont été cassés ou incendiés, soit par erreur, soit par des policiers infiltrés. Les manifestants, sur une initiative le plus souvent d’anarchistes, se sont cotisés. C’est ainsi qu’à Thessalonique, 13 000 euros ont été offerts pour dédommagement d’un kiosque. A Athènes, 10 000 euros ont été récoltés pour le moment.</p>
<p>Le soutien à Konstantina Kuneva est une grande préoccupation depuis que cette femme a été agressée le 23 décembre dernier. Konstantina ne survivra peut-être pas. Et si elle survit, elle restera gravement diminuée. Une caisse de solidarité a été mise en place pour qu’elle puisse faire face aux soins et à son quotidien.</p>
<p><strong>Un pouvoir qui marche sur des braises.</strong></p>
<p>Le premier ministre Karamanlis a survécu aux incendies de la Grèce en 2007 conforté par l’émergence d’une extrême droite à 3%. Face à l’embrasement de décembre, il a opéré un remaniement ministériel passé totalement inaperçu, la veille du nouveau rassemblement du 9 janvier. On peut considérer qu’il tente de jouer sur un pourrissement du mouvement et sur les dissensions internes en essayant avec les médias de dissocier lycéens-étudiants/anarchistes/ migrants/travailleurs/précaires. Bien qu’il en ait le pouvoir légal, l’Etat n’a pas tenté de s’attaquer au droit d’asile universitaire, ce qui risquerait de démultiplier la légitimité du mouvement. Quant à une intensification militaire, elle serait explosive ! Par contre les forces spéciales tentent de couper la retraite aux facs lors des manifestations et de paralyser les possibilités d’assemblées ouvertes. L’intervention des forces de police se limite à une présence ostensible et à des échauffourées. Au final, aux vues des évènements, le nombre d’inculpation et d’incarcération reste assez faible (67 incarcérations, environ 300 inculpations).</p>
<p>Quoiqu’il en soit, une nouvelle phase s’est bien amorcée dans ce mois de janvier avec les occupations multiples. L’élargissement des préoccupations politiques se confirment et ne faiblissent pas ! Pourtant les meilleurs chiens de garde de ce pouvoir et de l’état s’incarnent par le parti communiste Grec qui qualifie le mouvement autonome, anarchiste, d’agents de la CIA. Quant aux syndicats ils jouent le jeu attentiste du PS Grec qui se tient en embuscade, se présentant comme l’alternative perpétuelle. Difficile d’analyser l’attitude du parti Syrisa qui bien que présent dans les mobilisations semble dénigrer les potentialités de ce mouvement essentiellement auto-organisé, de même que les potentialités du mouvement anarchiste. Il tend à légitimer surtout les lycéens et les étudiants, foyer potentiel de recrutement pour de nouvelles échéances parlementaires.</p>
<p>Rien ne sera plus jamais comme avant martèlent les compagnons de l’insurrection ! On peut douter en effet que tout ceux qui ont participé à ce mois de décembre rentrent un tant soit peu dans le rang tandis que les maîtres, les traîtres, les assassins, et les tortionnaires courent toujours. Ce mouvement qui est présenté comme le plus important depuis la création de l’état grec par d’autres compagnons, est de nature à ensemencer l’Europe entière… Alors le pouvoir et l’Etat, dans la braise ?</p>
<p>Aspe-Ouest, Pyrène </p>
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		<title>Pouvoir d’achat : Les gouvernements nous mentent pour nous voler</title>
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		<pubDate>Wed, 04 Feb 2009 20:40:29 +0000</pubDate>
		<dc:creator>papamarx</dc:creator>
				<category><![CDATA[économie]]></category>
		<category><![CDATA[politique]]></category>
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		<category><![CDATA[salaires]]></category>
		<category><![CDATA[inflation]]></category>
		<category><![CDATA[PIB]]></category>

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		<description><![CDATA[Fichtre ! Au risque de faire passer son auteur pour un clown, cette affirmation exige une explication solidement étayée de preuves. Voici donc suffisamment d’éléments pour que vous puissiez vous faire une idée.
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			<content:encoded><![CDATA[<p><em>PapaMarx ne souscrit pas entièrement aux propos et analyses tenus dans ce texte. Toutefois, la démonstration des mécanismes de traficotage des statitisques de l&#8217;inflation est très instructive, et c&#8217;est sur cette base que nous publions le texte.</em></p>
<p>tiré de:<a href="http://www.oulala.net">oulala.net</a></p>
<div id="attachment_30" class="wp-caption alignnone" style="width: 460px"><img class="size-full wp-image-30" title="20080313150jpg1" src="http://papamarx.files.wordpress.com/2009/02/20080313150jpg1.gif?w=450&#038;h=313" alt="En rouge, l'inflation officielle, en bleu l'inflation corrigée par John Williams" width="450" height="313" /><p class="wp-caption-text">En rouge, l&#39;inflation officielle, en bleu l&#39;inflation corrigée par John Williams</p></div>
<p>Fichtre ! Au risque de faire passer son auteur pour un clown, cette affirmation exige une explication solidement étayée de preuves. Voici donc suffisamment d’éléments pour que vous puissiez vous faire une idée.</p>
<p>Tout le monde comprend ce qu’est le pouvoir d’achat, même ceux qui n’ont aucune notion d’économie. Mais pour être évalué, le pouvoir d’achat nécessite le calcul du produit intérieur brut, celui du taux de croissance c’est à dire l’évolution d’une année sur l’autre du produit intérieur brut, et du taux d’inflation de base et réel.</p>
<p>Le calcul par les bureaux du gouvernement du produit intérieur brut et du taux d’inflation ont une importance considérable sur votre vie de tous les jours et sur votre avenir. Pourquoi ? Parce si le gouvernement fait en sorte, par de savants tours de passe-passe que je vais dénoncer ici, de sous-estimer le taux d’inflation et de sur estimer le produit intérieur brut et le taux de croissance il va pouvoir, en toute impunité et avec l’apparence de la meilleure bonne foi, indexer à la baisse nos salaires, nos prestations sociales, et nos retraites. Si le gouvernement publie un taux d’inflation de 3% et indexe nos salaires, prestations sociales et nos retraites en conséquence alors que le taux d’inflation réel est de 8%, il nous vole de 5% sur l’année.</p>
<p><span id="more-15"></span></p>
<p>Pour illustrer ces notions, je vais prendre l’exemple américain, qui se justifie d’autant plus que Sarkozy a confié au Prix Nobel Américain Joseph Stiglitz le soin de proposer un nouveau calcul de la croissance, et donc du produit intérieur brut et de l’inflation. Vous verrez que pour Sarko ce sera tout bénéfice de nous enfumer encore plus en intégrant à ce qui se fait déjà en France les méthodes de magouilles américaines. Les Américains n’ont pas seulement inventé le Big Mac et la bombe atomique, ils sont maîtres dans l’art de permettre aux capitalistes de gouverner les masses.</p>
<p>Aux Etats-Unis, Clinton, en 1996, a fait adopter par le Bureau of Labor Statistics la nouvelle méthode de Michael Boskin pour calculer l’inflation. Alors que l’inflation se mesure par l’évolution du coût d’un panier de biens et de services, Boskin a apporté trois innovations majeures, qui ont permis aux politiciens et aux intérêts capitalistes de minimiser l’inflation réelle. Ces trois innovations sont : la substitution, la pondération et l’hédonique. Passons-les en revue une à une et vous apprécierez combien le calcul de l’inflation permet de la sous-estimer, avec tous les bénéfices que j’évoquai plus haut soit la sous indexation des salaires, des prestations sociales et des retraites.</p>
<p>La substitution : Imaginons que le panier de biens et de services de référence pour calculer l’inflation contenait du saumon, la méthode de substitution permet de remplacer le saumon par autre chose, sous prétexte que c’est ce que le consommateur fait si les prix du saumon augmentent. Le prix du saumon est donc remplacé par le prix d’un poisson moins cher ou même d’un hot dog (ne riez pas, cela s’est réeelement passé et des dizaines de fois). Entre 2007 et 2008, le bureau des statistiques américaines (BLS) a évalué le taux d’inflation du panier de bien et de services à 4.1%, alors que le bureau fermier (Farm Bureau), un organisme tout aussi sérieux que le premier, l’a évalué à 11.3%. Plus de 7% d’écart, bien pratiques pour prétendre que l’inflation est contenue et refuser des augmentations de salaires, de prestations sociales et de retraites. L’impact du calcul de l’inflation en intégrant le principe de substitution de la commission Boskin est que l’inflation n’illustre plus le coût de la vie mais le coût de la survie. Il est bien évident qu’en passant du saumon au sandwich et pour en arriver à la baguette de pain sec, on ne vit plus, on survit.</p>
<p>Le deuxième artifice qui distort l’évaluation réelle de l’inflation, du produit intérieur brut et de la croissance est la pondération : Ce principe, appliqué par la commission Boskin, est que tous les biens et services du panier de référence dont le coût augmente le plus rapidement deviennent sous pondérés dans le calcul de l’inflation. Par exemple, aux USA, le coût de la santé est de 17% du produit intérieur brut, mais entre pour 6% seulement dans le calcul de l’inflation, car ce coût croit rapidement. Cet artifice grossier permet de sous estimer l’inflation, et la pondération par calcul géométrique permet de renforcer la distortion de la réalité et d’amplifier la sous estimation déjà faite avec le premier principe de substitution.</p>
<p>Le troisième principe de la commission Boskin qui sévit depuis 1996 et Clinton est l’hédonique, du grec « pour le plaisir de ». Voilà comment ce principe est appliqué systématiquement aux USA pour minimiser le taux d’inflation. Voici un exemple réel : Si un téléviseur était évalué 300$ dans le panier de référence de l’an dernier et que pour 300$ on a aujourd’hui le même, mais avec une meilleure qualité d’écran, le gouvernement considère que le prix du nouveau téléviseur est de 200$, même si le prix est toujours de 300$. Le même principe s’applique pour tout : Téléphones, ordinateurs, voitures, etc, etc.</p>
<p>Depuis 1980, un économiste expert indépendant en calcul économiques, John Williams, calcule les véritables taux d’inflation, de PIB et de taux de croissance aux USA. Pour l’année 2008, à ce jour, il a calculé que l’inflation s’établissait aux alentours de 12%, alors que le bureau des statistiques américain l’évalue à 4%. John Williams a calculé que les prestations sociales devraient être 70% supérieures à ce qu’elles sont aujourd’hui, mais que le calcul erroné sciemment de l’inflation avait permis au gouvernement américain de voler les prestataires de 70%.</p>
<p>Le calcul du produit intérieur brut a lui aussi été trafiqué. Pour l’année 2003 par exemple, le PIB aux USA a été de 11,000 milliards de dollars, mais il a été gonflé grâce à deux artifices. Ce montant comprend 1600 milliards de dollars d’imputations. Qu’est ce que l’imputation ? Par exemple, le gouvernement intégre au montant du PIB les loyers que les propriétaires de maisons aux USA ne doivent pas payer ! Le gouvernement a aussi ajouté 2300 milliards de dollars d’hédonique. Imputations et hédonique ont gonflé artificiellement le PIB de 35% de sa vraie valeur ! Une autre façon pour le gouvernement de gonfler le PIB réel par rapport au PIB de base est de sous estimer le déflateur, c’est à dire l’influence de l’inflation. On calcule aisément que depuis 2004 le déflateur est passé de 3.5% à 2.5%. Un pourcent de plus pour enfumer le citoyen. Inutile d’ajouter que sur estimer le PIB permet au gouvernement de clamer que le taux d’imposition par rapport au PIB est faible, puisque le dénominateur (PIB) est élevé.</p>
<p>La globalisation a permis d’harmoniser les calculs des taux d’inflation, du PIB et du taux de croissance entre tous les pays du monde. Les naïfs n’y voient que du feu. Les Etats-Unis sont des pionniers. La France de Sarko, vassale du grand capital et abuseur du peuple, s’apprête avec les travaux de Stiglitz à revoir le calcul de ces indicateurs économiques, à la baisse pour l’inflation et à la hausse pour le PIB et le taux de croissance.</p>
<p>La dégradation du pouvoir d’achat, que vous ressentez depuis des années, va faire l’objet d’un démenti du pouvoir en place, grâce à l’adoption de méthodes erronées pour le calcul des indicateurs économiques. Globalisation oblige, ainsi qu’asservissement des masses au grand capital et au pouvoir qui dirige le monde.</p>
<p>Quant aux mensonges sur la sévérité du taux d’inflation aux États-Unis, ils ont permis l’accumulation d’une dette de plus de 4 fois le PIB américain, et créé le problème des subprime. Qui dit estimation d’un taux d’inflation faible dit taux d’intérêt peu élevé, ce qui a permis la bulle immobilière. Les banques du monde entier ayant prêté aux emprunteurs américains, les lourdes pertes qu’ils doivent supporter aujourd’hui ont créé la crise financière qui détruit nos économies. La France, tout comme l’Europe, s’en sortira comme s’en sortiront Chine, Asie, Amérique du Sud et Canada. Il en sera tout autrement des États-Unis, où il faudra plusieurs générations pour effacer le problème commencé en 1985 et qui s’est accéléré de façon exponentielle avec George W Bush (encore lui !). Les Américains ont eu la mauvaise idée de voter et revoter pour lui. Ils le paieront chèrement et beaucoup ne pourront même pas prendre leur retraite, alors que les impôts augmenteront y compris pour les plus pauvres.</p>
<p>Dieu merci, la France n’a pas la monnaie qui a permis au dollar de vivre depuis les accords de Bretton Woods en 1944 sur le dos des autres. Ce privilège exhorbitant a servi les États-Unis mais sera à l’origine de leur déclin. Je suis d’un naturel optimiste, mais j’ai la conviction que la crise mondiale, surtout américaine mais aussi globale par contrecoup, n’en est encore qu’à son début. En dépit de la toute récente remontée du dollar US après 7 ans de dégringolade et de l’effondrement des cours de l’or, l’économie américaine est au seuil d’un affaissement gigantesque. Nous tous serons touchés dans notre vie quotidienne. Soit dit en passant, les prédictions de Madame Lagarde sur le taux de croissance ont rejoint le cimetière des mensonges éhontés, lieu de prédilection des politiciens qui prétendent nous gouverner.</p>
<p>On peut se demander pourquoi les gouvernements se livrent à des calculs économiques erronés et déformés sciemment. Une réponse est qu’ils leur permettent de boucler leurs budgets du moins de presque y arriver. Une autre réponse est que celà permet des transferts de richesse incroyables entre les masses et les très riches. Les gouvernements nous mentent pour mieux nous voler, et remplissent les poches des nantis.</p>
<p>Ashoka.</p>
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		<title>L&#8217;anti Dupuis-Déri</title>
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		<pubDate>Mon, 26 Jan 2009 02:23:33 +0000</pubDate>
		<dc:creator>papamarx</dc:creator>
				<category><![CDATA[économie]]></category>
		<category><![CDATA[Débats]]></category>
		<category><![CDATA[philosophie]]></category>
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		<category><![CDATA[politique]]></category>

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		<description><![CDATA[L&#8217;anti-Dupuis-Déri « Certains doutent d’un nouveau départ de la révolution, répétant que le prolétariat se résorbe ou que les travailleurs sont à présent satisfaits, etc. Ceci veut dire une de ces deux choses : ou bien ils se déclarent eux-mêmes satisfaits ; et alors nous les combattrons sans faire de nuances. Ou bien ils se rangent [...]<img alt="" border="0" src="http://stats.wordpress.com/b.gif?host=papamarx.wordpress.com&amp;blog=6319702&amp;post=1&amp;subd=papamarx&amp;ref=&amp;feed=1" width="1" height="1" />]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><strong>L&#8217;anti-Dupuis-Déri </strong><br />
<div id="attachment_25" class="wp-caption alignright" style="width: 210px"><img src="http://papamarx.files.wordpress.com/2009/01/francisdupuis-deri2.jpg?w=450" alt="Le docteur FDD" title="francisdupuis-deri2"   class="size-full wp-image-25" /><p class="wp-caption-text">Le docteur FDD</p></div></p>
<p align="justify"><em>« Certains doutent d’un nouveau départ de la révolution, répétant que le prolétariat se résorbe ou que les travailleurs sont à présent satisfaits, etc. Ceci veut dire une de ces deux choses : ou bien ils se déclarent eux-mêmes satisfaits ; et alors nous les combattrons sans faire de nuances. Ou bien ils se rangent dans une catégorie séparée des travailleurs (par exemple, les artistes); et nous combattrons cette illusion en leur montrant que le nouveau prolétariat tend à englober à peu près tout le monde. »</em></p>
<p align="right">Guy Debord,<br />
<em>Les  mauvais jours finiront</em>, 1962.</p>
<p align="justify">
<p align="justify">Dans la polémique qu&#8217;il engage  envers notre collectif et la <em>Proposition de guerre</em>, Francis Dupuis-Déri pose la question des moyens à adopter pour provoquer une brèche révolutionnaire. À cette question – fondamentale pour l&#8217;anarchisme puisque son idéal ne peut se réaliser qu&#8217;à condition que la société actuelle soit détruite entièrement – il répond qu&#8217;il ne croit pas possible l&#8217;ouverture d&#8217;une brèche révolutionnaire. Il ajoute aussi que plusieurs générations de révolutionnaires se sont heurtés sans succès à ce problème, que le capital est trop bien organisé et trop stable pour être vaincu – et que si une victoire est possible, elle ne dépendra pas de l&#8217;action des anarchistes mais bien de contradictions indépendantes de l&#8217;action des révolutionnaires.</p>
<p align="justify">Dans ce contexte, poursuit-il, il est suffisant de se contenter de participer à une contestation limitée, qui ne vise pas le renversement du système mais cherche seulement à en limiter les effets. Vouloir aller plus loin, critiquer le manque de perspectives de la contestation permanente, c&#8217;est pour M. Dupuis-Déri faire le jeu des polices qui « ont si souvent fomenté des divisions et des rivalités au sein des mouvements contestataires. » C&#8217;est faire le jeu « des agents infiltrés [qui] ont régulièrement semé la zizanie entre contestataires en provoquant de fausses querelles. Des policiers ont miné la solidarité en diffusant des critiques incendiaires contre des révolutionnaires, ce qui leur permettait de mieux torpiller le mouvement de contestation. »</p>
<p align="justify">Cette accusation, de la part d&#8217;un individu qui mène une carrière – lucrative selon son propre aveu – d&#8217;intellectuel anarchiste, en dit à elle seule assez long sur son état d&#8217;esprit. Ainsi, le discours qu&#8217;il produit en tant que salarié de l&#8217;université ne doit souffrir d&#8217;aucune contestation sur sa gauche, ne doit être remis en cause par aucune exigence de cohérence, ne doit pas se voir critiqué pour son manque de perspectives à long terme. Exercer une critique du milieu anarchiste et de leur idéologie, c&#8217;est aider les flics dans leur travail ! Rien de moins !</p>
<p align="justify">Cette vision simpliste de l&#8217;anarchisme refuse de condamner les pires stupidités mais distribue allègrement l&#8217;anathème sur la critique. Or, sous ces accusations faciles, derrière cet écran de fumée sophistique, se cache une méthode d&#8217;analyse tronquée, quelquefois malhonnête, mais toujours injustifiable. M. Dupuis-Déri tente de masquer son absence de pensée derrière un fard de tolérance, ses lâches renonciations derrière une interprétation frauduleuse de l&#8217;histoire, son inconsistance politique derrière un synthésisme de pacotille.</p>
<p align="justify">Il se satisfait de sa situation de privilégié, refusant de voir que sa responsabilité, en tant qu&#8217;être humain, est de détruire ce système qui généralise l&#8217;esclavage et détruit la vie. M. Dupuis-Déri est anarchiste comme un riche est charitable: il s&#8217;agit plus d&#8217;un procédé pour soulager une conscience coupable que d&#8217;un engagement sincère provenant de convictions réfléchies.</p>
<p align="justify">Cet essai tentera de dévoiler la vraie nature des idées de M. Dupuis-Déri, et de leur opposer une vision qui soit authentiquement anarchiste. Comme toute bonne critique, c&#8217;est en jetant un regard sur la méthode que nous ouvrirons les hostilités.</p>
<p><span id="more-1"></span></p>
<p align="justify"><strong> </strong></p>
<p align="justify"><strong>1) Sur la méthode</strong></p>
<p align="justify"><strong><em>a</em>) Du prolétariat</strong></p>
<p align="justify">La lecture de la <em>Proposition  de paix</em> de M. Dupuis-Déri nous a laissé une impression de confusion, parce qu’elle a tendance à constamment isoler des éléments fragmentaires de la société, et par le fait même rend inintelligible toute conception de la société comme une totalité<a id="_ftnref1" name="_ftnref1" href="http://www.hors-doeuvre.org/dis/2006-10-27.html#_ftn1">(1)</a>.</p>
<p align="justify">Ainsi, un de ses thèmes préférés,  celui de la cohésion et de la puissance des « élites »<a id="_ftnref2" name="_ftnref2" href="http://www.hors-doeuvre.org/dis/2006-10-27.html#_ftn2">(2)</a>, se situe uniquement sur le terrain de l’idéologie dominante, sans jamais faire la part de son contraire historique et dialectique, le prolétariat. Quand il en parle, c’est pour passer à côté de la question et affirmer d’emblée que la bourgeoisie « dispose de moyens infiniment plus grands que les nôtres pour matérialiser leurs stratégies&#8230; » et que par conséquent, la défaite est assurée. Cette façon de voir la question est déjà significative du fait que M. Dupuis-Déri, comme beaucoup d’autres avant lui, ne comprend toujours pas de quoi il s’agit quand il s’agit du prolétariat, parce qu’il pose la question en séparant le prolétariat de son rapport dialectique avec la bourgeoisie.</p>
<p align="justify">Dans le capitalisme, la société est divisée en classes sociales dont les deux principales sont le prolétariat et la bourgeoisie. Le prolétariat est constitué de toutes les personnes qui n’ont, pour survivre, que la vente de leur force de travail alors que la bourgeoisie est la classe à laquelle le prolétariat vend sa force de travail et qui est propriétaire des moyens de production et de distribution. L’ensemble de la richesse est produite soit par le travail, soit par la nature; dans ce dernier cas le travail est nécessaire pour exploiter cette richesse à des fins humaines, ce qui nous fait dire que le travail du prolétariat est en définitive source de toute richesse. En d’autres mots, si la bourgeoisie est si puissante, c’est qu’elle vole une partie du travail du prolétariat et se l’approprie, l’utilise à ses propres fins.</p>
<p align="justify">Ces deux classes sont elles-mêmes dans une relation dialectique, elle sont des pôles opposés par nature: la richesse de la bourgeoisie – donc en définitive sa puissance – est inversement proportionnelle à celle du prolétariat. Cela signifie que pour un niveau de richesse donné, plus le prolétariat conserve pour lui-même les richesses qu’il produit, plus la bourgeoisie est faible.</p>
<p align="justify">M. Dupuis-Déri, lui, ne voit qu’un côté de la médaille. Voyant la bourgeoisie si forte, il chie dans son froc, oubliant que cette puissance a son équivalent dans le prolétariat, puisque c’est de son travail que la bourgeoisie tire sa force. Dans son analyse, à force de ne regarder qu’un côté du rapport dialectique<a id="_ftnref3" name="_ftnref3" href="http://www.hors-doeuvre.org/dis/2006-10-27.html#_ftn3">(3)</a>, à force de n’en valoriser qu’un de ses termes au dépend de l’autre, M. Dupuis-Déri en vient à ne plus voir qu’en définitive, le capitalisme est un rapport social et qu’à ce titre, il est le produit de l’activité humaine. Or, ce que l’activité humaine a fait, elle peut aussi bien le défaire.</p>
<p align="justify">En tant que révolutionnaires, il nous importe donc de développer au maximum cette critique de la totalité, et de dénoncer les idéologies parcellaires pour ce qu’elles sont : des représentations mentales issues des rapports de production, exprimant la logique séparatrice du capital et, en définitive, renforçant son emprise sur le monde. On comprendra alors aisément que nous n’avons que faire du petit ton moraliste de M. Dupuis-Déri, qui tente de nous imposer une <em>fausse solidarité</em> en nous appelant à cesser notre critique.</p>
<p align="justify"><strong><em>b</em>) Du réformisme</strong></p>
<p align="justify">D&#8217;autant plus que ce qui se cache derrière cet appel à la solidarité, c&#8217;est un retour à la bonne vielle méthode pragmatique qui veut que les luttes se suffisent en elles-mêmes, qu&#8217;elles soient en quelque sorte le <em>but</em> du mouvement plutôt que d&#8217;en être le <em>moyen</em>. Cette approche des luttes sociales et l&#8217;abandon de la perspective révolutionnaire sont symptomatiques de cette méthode qui refuse radicalement de voir la société comme une totalité et préfère la voir comme un agrégat plus ou moins cohérent de divers phénomènes<a id="_ftnref4" name="_ftnref4" href="http://www.hors-doeuvre.org/dis/2006-10-27.html#_ftn4">(4)</a>. Cette approche voudrait lutter contre les manifestations actuelles et individuelles du système mais oublier la réalité qui permet leur existence. Elle voudrait en outre laisser tomber l&#8217;opposition globale à cette dernière. Laisser tomber cette opposition globale, c&#8217;est pourtant se condamner à aller nulle part, c&#8217;est de lutter indéfiniment contre des multitudes de formes d&#8217;oppression et d&#8217;exploitation sans jamais aller vers un but.</p>
<p align="justify">Le but est important parce que toute lutte présuppose nécessairement une autre conception des rapports sociaux que celle contre laquelle elle proteste, même si cette conception est confuse et sous-entendue plutôt qu&#8217;ouvertement exprimée. Cette conception est elle-même dictée par les rapports sociaux : ou bien elle survalorise le passé et veut recréer les anciens rapports de production dans le mode de production actuel, ce qui est une chimère, ou bien elle contient en elle-même l&#8217;issue à la contradiction qui provoque la lutte, ce en quoi elle exprime un contenu communiste. Le rôle révolutionnaire de la lutte est là : c&#8217;est de dégager progressivement, par tâtonnements, un contenu explicite aux mouvements de résistance.</p>
<p align="justify">Parce que la conception réformiste n&#8217;implique pas une vision différente des rapports sociaux mais exprime, en définitive, une approbation du système, celle-ci ne peut être en mesure de faire réellement changer les choses. La contradiction principale du réformisme est bien là : en se privant d&#8217;une perspective de changement total, donc d&#8217;un idéal à réaliser, il devient incapable d&#8217;être un moteur de changement social parce qu&#8217;il ignore vers quoi doit tendre sa réforme. C&#8217;est pourquoi le réformisme est condamné à piller le programme révolutionnaire, à en extraire des fragments pour tenter de colmater les brèches du système. Fondamentalement, le réformisme n&#8217;est donc pas un moyen de changement social mais une façon de récupérer le contenu intrinsèquement critique des luttes populaires pour le rendre inoffensif.</p>
<p align="justify">En retour, l&#8217;absence de but éparpille les forces sociales d&#8217;opposition et les rend d&#8217;autant plus vulnérables qu&#8217;en tant que rapport social, le capitalisme produit lui-même les conditions de son renouvellement, ce qui fait que ne pas s&#8217;attaquer à lui en tant que totalité lui permet de se reconstituer là même où on croyait l&#8217;avoir vaincu<a id="_ftnref5" name="_ftnref5" href="http://www.hors-doeuvre.org/dis/2006-10-27.html#_ftn5">(5)</a>. Concrètement, lutter seulement pour limiter les effets du système, c’est se condamner à perdre dans une période ce que l’on a gagné dans la précédente, les gains d’une période disparaissant dans la crise de l’autre.</p>
<p align="justify">On ne peut donc pas opposer statiquement les luttes sociales à la lutte finale sans approuver, en définitive, les fondements du système capitaliste. De deux choses l&#8217;une : ou bien on est contre le capitalisme et on intègre les luttes sociales dans une lutte plus générale pour l&#8217;abolition de ce système pourri; ou bien on croit qu&#8217;en définitive, le capitalisme n&#8217;est pas si mauvais et on tente de l&#8217;améliorer, ce qui implique nécessairement d&#8217;en accepter les effets issus de son fonctionnement propre.</p>
<p align="justify">C&#8217;est dans ce sens que doit être vu l&#8217;appel fait au mouvement anarchiste de redevenir impérativement  révolutionnaire. Pour notre part, notre objectif n&#8217;est pas de dénigrer les luttes sociales menées par les anarchistes d&#8217;aujourd&#8217;hui, mais, en ce qui a trait aux luttes, de critiquer cette pratique qui fait que les luttes se mènent par secteur spécifique, de façon souvent isolée les unes des autres. La lutte globale contre le système dans sa totalité est ainsi évacuée, ce qui laisse la perspective révolutionnaire bouchée &#8211; au grand plaisir de M. Dupuis-Déri pour qui même la <em>pensée</em> d&#8217;une révolution  est source de frayeur.</p>
<p align="justify"><strong><em>c</em>) Du révisionnisme  historique</strong></p>
<p align="justify">La même méthode, qui consiste à fragmenter les luttes sans voir que le règlement de leurs déterminants généraux est aussi le règlement de leur problématique particulière, l&#8217;amène jusqu&#8217;à un révisionnisme historique profondément révoltant, tendant à justifier l&#8217;ordre actuel en attribuant aux révolutions des conséquences qui sont en fait celles des contre-révolutions. Lorsque M. Dupuis-Déri affirme, sans en apporter d&#8217;exemples précis bien entendu, que les femmes, les minorités ethniques et les petits paysans ont été floués par la révolution, il reprend là un des plus grotesques mensonges jamais inventés par l&#8217;extrême droite pour justifier leur répression contre-révolutionnaire.</p>
<p align="justify">Pourtant, un simple cours d&#8217;histoire de premier cycle universitaire est suffisant pour constater que la révolution russe fut non seulement menée par des femmes<a id="_ftnref6" name="_ftnref6" href="http://www.hors-doeuvre.org/dis/2006-10-27.html#_ftn6">(6)</a> aussi bien que par des hommes, que le mouvement makhnoviste fut en fait un mouvement défendant les petits paysans, que la première constitution soviétique proclamait le principe de l&#8217;<em>égalité des langues et des nations</em><a id="_ftnref7" name="_ftnref7" href="http://www.hors-doeuvre.org/dis/2006-10-27.html#_ftn7">(7)</a><em>. </em>Plus encore, la société soviétique fut la première au monde à légaliser le divorce et l&#8217;avortement, à tendre dans les faits à égaliser les salaires des hommes et des femmes et à affirmer clairement la responsabilité de la société toute entière dans l&#8217;éducation et le soin des enfants par l&#8217;instauration d&#8217;un système de crèches publiques.</p>
<p align="justify">Toutes ces conquêtes incroyablement avancées pour l&#8217;époque, le peuple russe les devait à la poussée formidable de la révolution. Peu à peu, le bolchévisme puis le stalinisme ramenèrent la condition des femmes, des paysans, des minorités ethniques à la situation qui prévalait sous le tsarisme. Mais ce retour à la normale est le résultat de la contre-révolution : la révolution n&#8217;a pas « floué » « les groupes dont l’on se dit solidaire ». Elle a simplement reculé sous la pression, laissant la place à l&#8217;ancienne situation qui, par rapport aux acquis révolutionnaires, était effectivement un recul.</p>
<p align="justify">Quant à la deuxième révolution de laquelle l&#8217;anarchisme se réclame traditionnellement, la révolution espagnole, elle fut elle-même le théâtre des collectivisations agraires les plus complètes jamais pratiquées, ce qui en soit est suffisant à démontrer le côté paysan de la révolution. De plus, le mouvement révolutionnaire espagnol avait lui-même comme constituants les mouvements de libération nationale basques et catalans qui cohabitaient avec le POUM et la CNT-FAI. Quand on ajoute à cela le fait que les femmes du prolétariat ont participé largement aux milices antifascistes et à l&#8217;effort de guerre à l&#8217;arrière, que leur organisation la plus forte, les <em>Mujeres  Libres</em>, a été constamment à l&#8217;avant-plan de la lutte espagnole, on ne peut que conclure que M. Dupuis-Déri est profondément dans l&#8217;erreur quand il affirme que « les groupes dont l’on se dit solidaire ont également été floués lors des révolutions globales ».</p>
<p align="justify">De plus, M. Dupuis-Déri nous montre toute l&#8217;étendue de son ignorance quand il assimile la conception anarchiste de la révolution avec « la prise d’une Bastille ou d’un Palais d’hiver et l’érection de barricades dans les rues d’un centre-ville. » Il semble que M. Dupuis-Déri ait ici pris Don Quichotte pour modèle : il attaque une conception qui n&#8217;a jamais été celle des anarchistes. Les anarchistes ne sont pas blanquistes<a id="_ftnref8" name="_ftnref8" href="http://www.hors-doeuvre.org/dis/2006-10-27.html#_ftn8">(8)</a>; ils ne croient pas qu&#8217;il soit suffisant de prendre le siège du gouvernement et de l&#8217;occuper. Les révolutions qu&#8217;ils ont inspirées ont plutôt eu tendance à faire le contraire. Dire que la révolution russe n&#8217;a été que la prise du Palais d&#8217;hiver est une erreur grossière<a id="_ftnref9" name="_ftnref9" href="http://www.hors-doeuvre.org/dis/2006-10-27.html#_ftn9">(9)</a> qui réduit tout un processus à l&#8217;action « minoritaire » du parti bolchévique. Même les plus staliniens d&#8217;entre les staliniens  n&#8217;ont pas une analyse aussi tronquée, aussi réductrice, de la révolution russe.</p>
<p align="justify">Constater que la simple énumération de faits historiques largement connus détruise l&#8217;argumentation de M. Dupuis-Déri nous montre en fait que la rigueur et la cohérence ne sont pas des exigences pour lui. À l&#8217;instar d&#8217;Ernst Zündel<a id="_ftnref10" name="_ftnref10" href="http://www.hors-doeuvre.org/dis/2006-10-27.html#_ftn10">(10)</a>, son exigence est plutôt de confirmer, par tous les moyens possibles, la validité de sa théorie, fût-ce au détriment de faits par ailleurs largement connus.</p>
<p align="justify"><strong> </strong></p>
<p align="justify"><strong>2) De la nécessité objective  de la révolution</strong></p>
<p align="justify"><strong><em>a</em>) Sur les  contradictions actuelles</strong></p>
<p align="justify">Nous sommes révolutionnaires parce que nous considérons que le renversement total du système et son remplacement par le communisme anarchiste est la seule solution viable à long terme qui s&#8217;offre à l&#8217;humanité pour résoudre les immenses problèmes que le capitalisme et les États sont en train d&#8217;exacerber. L&#8217;horizon capitaliste ne nous offre qu&#8217;esclavage, pollution, guerre, dictature. Faire son choix n&#8217;est pas une question de croire possible telle ou telle chose mais une question de savoir nécessaire la destruction totale de ce système criminel.</p>
<p align="justify">La révolution n&#8217;est pas une  possibilité romantique dont il faut rêver en écoutant des films de Ken Loach, <em>mais  une nécessité historique dont dépend l&#8217;avenir de l&#8217;humanité</em>. Seuls les inconscients ne seront pas d&#8217;accord sur ce constat d&#8217;impérativité; du reste toute la culture, même la plus capitaliste, exprime cette observation que le <em>monde  n&#8217;est plus possible tel qu&#8217;il est</em>. Crise de la production; crise du travail; crise écologique; crise de l&#8217;ordre mondial; crise des valeurs; crise sexuelle: où règne le capital – c&#8217;est-à-dire partout – les contradictions se développent et s&#8217;accentuent.</p>
<p align="justify">Il nous semble dérisoire de prétendre que le monde capitaliste puisse durer encore longtemps sans faire face de plus en plus violemment à ses propres contradictions. Non seulement la socialisation de la production ne correspond plus, depuis longtemps, au régime de propriété privée, mais d&#8217;autres contradictions insurmontables sont en train de voir le jour. Ainsi, la contradiction entre le mode de production capitaliste et les possibilités techniques qui permettent une réduction du travail sans précédant dans l&#8217;histoire provoque des crises sociales comme l&#8217;explosion des banlieues françaises. La contradiction entre la production de la valeur d&#8217;échange et l&#8217;accumulation du capital réclame un abaissement des coûts de main-d&#8217;oeuvre, provoquant soit des baisses de salaires soit des délocalisations, renforçant ainsi le travail précaire – et la précarité dans les conditions de vie qui s&#8217;ensuivent. Cette pression sur les salaires produit de plus en plus de crises, comme le mouvement anti-CPE en France ou l&#8217;éclosion d&#8217;un mouvement de révolte dans le prolétariat américain immigrant.</p>
<p align="justify">Même dans les pays « avancés » la crise se dévoile de plus en plus crûment : les émeutes des banlieues françaises, la situation des prolétaires aux États-Unis, l&#8217;effondrement de l&#8217;Argentine sont tous des moments d&#8217;une crise beaucoup plus générale et déjà commencée. Il ne faut pas être devin pour voir que ce qui s&#8217;en vient dans les pays les plus avancés se retrouve déjà à l&#8217;état latent dans ces moments de crise sociale. Or, la solution à ces crises sociales ne se trouve pas à l&#8217;intérieur du capitalisme. Partout sur la planète, le capital a cessé de répondre aux exigences des populations par l&#8217;instauration de programmes positifs et progressistes – sauf dans des cas spécifiques où les ressources de l&#8217;État sont telles qu&#8217;il peut encore servir de tampon social, comme au Venezuela (et encore, cela se fait en aggravant la crise écologique mondiale par la vente de pétrole).</p>
<p align="justify">Partout ailleurs, le capital et les États répondent aux demandes des populations par plus de répression, plus de coupes, plus d&#8217;autoritarisme. Ce sont nos luttes « défensives » qui poussent le capital et les États vers ce genre de solutions. Cet état de fait n&#8217;est pas le résultat de la prédominance idéologique des ultra-libéraux en économie, des néoconservateurs sur le plan social et des faucons sur le plan politique. Au contraire, la prédominance de ces idéologies s&#8217;explique par le fait qu&#8217;elles apportent au capitalisme et aux États les réponses dont ils ont besoin pour maintenir le système en place. Pour le dire autrement : le durcissement actuel du système est le résultat d&#8217;une contingence endogène à l&#8217;infrastructure capitaliste, et non le résultat d&#8217;un volontarisme subjectif issu de la superstructure. L&#8217;autoritarisme, la répression, la guerre, l&#8217;appauvrissement, bref les solutions actuelles de la bourgeoisie, celle-ci ne les adopte pas par pure méchanceté <em>mais parce que le système est arrivé au bout de son cycle</em>.</p>
<p align="justify"><strong><em>b</em>) Sur le  « néolibéralisme »</strong></p>
<p align="justify">Pour bien comprendre ce que cela veut dire, il nous faudra se plonger dans un court historique des dernières décennies, du dernier cycle capitaliste : la phase néolibérale.</p>
<p align="justify">Le capitalisme avait offert aux prolétaires d&#8217;Occident plusieurs avantages durant les « trente glorieuses », parce que le saut productif permis par une nouvelle organisation du travail et de nouvelles technologies avait relancé la croissance, elle-même stimulée par des destructions sans précédant en Europe et en Asie causée par la Seconde guerre mondiale. Mais cette croissance a produit elle-même ses propres contradictions et ne s&#8217;est réalisée qu&#8217;au prix d&#8217;une nouvelle augmentation de la composition organique du capital<a id="_ftnref11" name="_ftnref11" href="http://www.hors-doeuvre.org/dis/2006-10-27.html#_ftn11">(11)</a> (et incidemment d&#8217;une crise écologique de plus en plus visible). A son tour, cette augmentation détermine une chute relative des taux de profit<a id="_ftnref12" name="_ftnref12" href="http://www.hors-doeuvre.org/dis/2006-10-27.html#_ftn12">(12)</a> en même temps que  socialement, les luttes des années 1960-70 exigent une revalorisation de la  main-d&#8217;oeuvre.</p>
<p align="justify">En 1974, la crise éclate ouvertement. La bourgeoisie tente d&#8217;abord de répondre par les moyens habituels : resserrement du crédit, contrôle de la monnaie. Bien vite, ces solution apparaissent limitées et la fin des années 1970 est marquée par une inflation galopante et par des taux d&#8217;intérêts qui grimpent en flèche (quelquefois jusqu&#8217;à 20%, ce qui ne s&#8217;était pas vu depuis la crise de 1929). La solution pour répondre à la crise devient rapidement évidente : il faudra attaquer directement les acquis des travailleurs pour relancer les profits.</p>
<p align="justify">Dès lors, le cycle que nous connaissons bien est commencé. Il sera marqué par une série d&#8217;attaques contre le prolétariat que certains nommerons néolibéralisme : délocalisation de la production vers le Tiers-monde, compressions dans les programmes sociaux, diminution des salaires, élagage de la fonction publique, retour au travail précaire, instauration de la concurrence mondiale entre travailleurs. Puis, dans une deuxième phase, il sera marqué par une extension des domaines de valorisation<a id="_ftnref13" name="_ftnref13" href="http://www.hors-doeuvre.org/dis/2006-10-27.html#_ftn13">(13)</a> du capital : on veut ouvrir la santé, l&#8217;école, l&#8217;eau potable et tout une série d&#8217;activités productives au capital. On palliera, en partie, la baisse des taux de profit en s&#8217;appropriant de manière privée une plus-value autrefois distribuée plus ou moins socialement.</p>
<p align="justify">Tout cela pendant que, ailleurs sur la planète, le capitalisme détruit les anciens modes de vie, instaure ses propres rapports sociaux, favorise les dictatures, fait travailler les enfants, détruit les économies agraires non capitalistes – causant ainsi des famines.</p>
<p align="justify">De ces constats se dégage la conclusion suivante : ce que le capitalisme a donné pour calmer les luttes, sa propre logique est en train de le forcer à nous l&#8217;enlever. C&#8217;est pourquoi nous voyons l&#8217;État-providence, le compris keynésien, se désagréger sous nos yeux. De même, ce que le capitalisme donne ici, il le reprend ailleurs. C&#8217;est pourquoi l&#8217;approvisionnement en essence se paye avec les bombes sur Bagdad, les bas prix de Wal-Mart avec la généralisation du travail précaire.</p>
<p align="justify"><strong> </strong></p>
<p align="justify"><strong>3) De la nécessité subjective  de la révolution</strong></p>
<p align="justify">Quand M. Dupuis-Déri affirme avoir plus à perdre qu&#8217;à gagner d&#8217;une révolution, il affirme clairement que sa position sociale lui confère des privilèges sur la majorité de la population. Toutefois, lorsqu&#8217;il nous avoue ce fait, il semble encore qu&#8217;il passe par-dessus un des aspects les plus importants de la question. En effet, pour lui, sa situation privilégiée se résume à sa « condition de vie matérielle », à savoir aux avantages purement matériels que lui confère sa situation.</p>
<p align="justify">Nous ne contestons pas l&#8217;importance que peut revêtir les conditions matérielles de vie pour l&#8217;apparition d&#8217;un processus révolutionnaire. Nous croyons que de plus en plus, entre autres pour les raisons invoquées dans la précédente section, le capitalisme fera pression sur les conditions de vie des populations, y compris dans notre monde occidental industrialisé.</p>
<p align="justify">Toutefois, une approche qui ne mettrait en avant que les conditions objectives nous semble profondément réductrice. Cette réduction occulte la différence profonde qui existe entre la situation de M. Dupuis-Déri – professeur d&#8217;université &#8211; et, par exemple, celle d&#8217;un prolétaire travaillant à de hauts salaires dans l&#8217;industrie de l&#8217;informatique. Il ne faut pas réduire la nécessité de la destruction du capitalisme aux simples facteurs matériels mais au contraire, réaffirmer que lorsque le capitalisme nous inonde de marchandises, cela se paie au détriment de notre activité quotidienne consciente. « Rien dans l&#8217;activité volée au travail ne peut se retrouver dans la soumission à son résultat. »<a id="_ftnref14" name="_ftnref14" href="http://www.hors-doeuvre.org/dis/2006-10-27.html#_ftn14">(14)</a></p>
<p align="justify">Le prolétaire doit, pour survivre, vendre sa force de travail au capitaliste. Or, lors de l&#8217;utilisation de cette force de travail, le prolétaire ne s&#8217;appartient plus, il est transformé en chose, il est réifié. La majorité de son temps éveillé, il la passe en tant qu&#8217;objet qui ne contrôle pas sa propre activité, qui est soumis à la dictature du capital. Ce n&#8217;est qu&#8217;en échange de sa vie, en échange de sa créativité, en échange de son être que le capitalisme lui permet une <em>survie  augmentée</em>.</p>
<p align="justify">Mais cette situation est difficilement visible pour des gens comme M. Dupuis-Déri, qui a bien en main les tenants et les aboutissants de son activité productive. Il détermine lui-même le contenu de ses cours, il choisit les thèmes qu&#8217;il va aborder, il décide de l&#8217;angle d&#8217;analyse sous lequel il va aborder ces thématiques. Il peut publier ses travaux et en retirer un profit, peut-être même a-t-il déjà un budget de recherche discrétionnaire, dont il peut disposer à sa guise. Bref, à l&#8217;intérieur d&#8217;un certain cadre, son activité lui appartient presque entièrement.</p>
<p align="justify">D&#8217;un côté nous avons le prolétaire dépossédé de son activité, de l&#8217;autre le professeur en contrôle de la sienne. Il n&#8217;est pas surprenant, de fait, que M. Dupuis-Déri ne voit que ce qu&#8217;il peut perdre dans une révolution, et non ce que le prolétariat a à gagner, c&#8217;est-à-dire le contrôle de sa propre existence.</p>
<p align="justify"><strong> </strong></p>
<p align="justify"><strong>4) Diversité des stratégies ou  des idéologies ?</strong></p>
<p align="justify">Quand vient le temps d&#8217;exprimer une position sur le fouillis que constitue l&#8217;anarchisme contemporain, nous cherchons vainement un jugement clair – à défaut d&#8217;éclairé – de la part de M. Dupuis-Déri. Seule l&#8217;idée de révolution se mérite une critique de sa part<a id="_ftnref15" name="_ftnref15" href="http://www.hors-doeuvre.org/dis/2006-10-27.html#_ftn15">(15)</a>.</p>
<p align="justify">Que des gens expriment le projet de ramener l&#8217;humanité 2 000 000 d&#8217;années en arrière, il ne trouve rien à y redire. Que d&#8217;autres fassent l&#8217;apologie de la pédophilie, rien non plus. Que ses collègues professeurs de sociologie instaurent un obscurantisme intellectuel dans l&#8217;université et M. Dupuis-Déri ressent toujours le syndrome de la page blanche. Mais que tous ces idiots se proclament anarchistes et ils se sont soudain trouvé un ardent défenseur qui, au nom de la diversité, pourfendra les mécréants de Hors-d&#8217;Øeuvre qui ont osé remettre en question leurs conceptions !</p>
<p align="justify">Il semble que pour M. Dupuis-Déri, l&#8217;anarchisme ne soit rien d&#8217;autre qu&#8217;une vulgaire juxtaposition de conceptions contradictoires &#8211; quelquefois carrément anti-humaines -  mais toutes aussi valides les unes que les autres. L&#8217;irrationnel anti-scientifique côtoie des théories fondées sur un raisonnement logique : M. Dupuis-Déri ne juge pas de la validité de ces discours, il les analyse comme s&#8217;ils avaient tous la même valeur<a id="_ftnref16" name="_ftnref16" href="http://www.hors-doeuvre.org/dis/2006-10-27.html#_ftn16">(16)</a>. Cette espèce de relativisme ontologique –  très à la mode semble-t-il – il ne le renie pas, il le fait sien, il se l&#8217;approprie avec plaisir. Pour lui, la remise en question de ce dogme est non seulement hors de question, mais elle ne peut servir que l&#8217;État, les flics, la répression.</p>
<p align="justify">Pourtant, comme le souligne fort  justement M. Baillargeon dans son texte contre le charlatanisme académique<a id="_ftnref17" name="_ftnref17" href="http://www.hors-doeuvre.org/dis/2006-10-27.html#_ftn17">(17)</a>, c&#8217;est plutôt le contraire qui risque de se produire. À nier ainsi la valeur spécifique de la raison, on ne peut plus juger, on ne peut plus démêler la propagande de la réalité, on devient une victime des firmes de relations publiques, manipulable à souhait et ne pouvant plus s&#8217;opposer à quoi que ce soit. La raison sert à départager le plausible du farfelu. Un mouvement politique comme l&#8217;anarchisme ne peut donc pas mettre au même niveau un discours issu de la raison d&#8217;un discours farfelu : l&#8217;un est susceptible de s&#8217;appliquer à la réalité alors que l&#8217;autre ne l&#8217;est pas.</p>
<p align="justify">Aveugle à ce danger, M. Dupuis-Déri considère que la diversité – même si elle est auto-contradictoire – est plutôt une force qu&#8217;une faiblesse. C&#8217;est oublier que l&#8217;avantage de la diversité, c&#8217;est justement de pouvoir <em>juger</em> ce qui nous est présenté comme idées, comme tendances. Dans ce sens, se limiter à défendre la diversité pour elle-même, c&#8217;est se condamner à la médiocrité perpétuelle. Le mouvement anarchiste est maintenant rendu à une étape où il ne peut plus continuer à être un mouvement unitaire sans juger du bien-fondé de certains concepts contradictoires. Camoufler le débat au nom de la diversité, c&#8217;est condamner l&#8217;anarchisme soit à la stagnation, soit à l&#8217;éclatement. Mais M. Dupuis-Déri ne voit pas ce problème. Il préfère prendre des vessies pour des lanternes, et croit voir dans la critique des <em>idéologies anarchoïdes</em> une dénonciation des luttes sociales menées par les anarchistes. Il nous faudra donc approfondir cette critique qui, semble-t-il, est si difficilement saisissable pour notre distingué savant « ès anarchisme ».</p>
<p align="justify"><strong><em>a</em>) Le primitivisme</strong></p>
<p align="justify">Dévoilons le fait tel qu&#8217;il est:  il y a une tendance de l&#8217;anarchisme qui prône <em>le retour de l&#8217;humanité à une  vie d&#8217;il y a deux millions d&#8217;années</em>. Ce retour à un tel mode de vie &#8211; considéré souhaitable par les primitivistes – implique pourtant nécessairement la destruction de la majorité de la population humaine. En effet, s&#8217;il est une chose dont les préhistoriens sont sûrs au sujet de la vie humaine primitive, c&#8217;est bien le fait que leur mode de vie extensif n&#8217;est compatible qu&#8217;avec une très faible densité de population. Ces peuples vivant essentiellement de chasse et de cueillette, le territoire nécessaire à la satisfaction de leurs besoins de base se doit d&#8217;être étendu au maximum. La superficie de la terre étant limitée, le nombre d&#8217;êtres humains devra être réduit en conséquence, d&#8217;autant plus que toute forme de technologie permettant de nourrir plus d&#8217;individus avec la même superficie est spécifiquement considérée comme la source de tous les maux de l&#8217;humanité.</p>
<p align="justify">Ce que nous déduisons logiquement de ce constat : ou les primitivistes souhaitent un génocide qui permettrait à leur théorie de devenir réalité, ou bien ils ont complètement abandonné l&#8217;idée qu&#8217;une révolution libertaire puisse survenir et changer le cours de l&#8217;histoire et anticipent la destruction presque totale de l&#8217;humanité par le processus historique actuel. Dans le premier cas, ce sont des fous dangereux qui, s&#8217;ils sont sérieux, sont susceptibles de produire un terrorisme anti-humain à caractère nihiliste dans la lignée du Unabomber. Dans le deuxième cas, on se demande pourquoi ils prennent la peine de s&#8217;expliquer et de développer leur théorie puisque, de toute façon, les traces de celle-ci seront détruites par « l&#8217;écocide mondial » que la « mégamachine »  technologique est en train de mettre en branle.</p>
<p align="justify"><strong><em>b</em>) L&#8217;anti-organisation</strong></p>
<p align="justify">M Dupuis-Déri nous accuse de prétendre qu&#8217;une « bonne organisation anarchiste cause une révolution réussie ». Une telle lecture du débat est non seulement consternante et outrancièrement simplificatrice, mais semble oublier que dans la « diversité » défendue par M. Dupuis-Déri se retrouve un courant anarchiste niant toute nécessité organisationnelle, même pour une société libérée de toute exploitation et de toute oppression. Cette tendance lie formellement toute forme d&#8217;organisation humaine à l&#8217;oppression de l&#8217;individu. Dans ce contexte, il est non seulement futile de dénoncer la <em>Proposition de  guerre</em>, il devient absurde de ne pas se prononcer sur le fond. Plus, il faudrait aussi nous expliquer comment les communautés humaines, libérées du capital, de l&#8217;État et du patriarcat, pourraient maintenir un tant soit peu un niveau d&#8217;humanité sans une organisation sociale quelconque.</p>
<p align="justify">M. Dupuis-Déri &#8211; adoptant ainsi les préjugés du libéralisme ambiant dans lequel il étudie et travaille - préfère défendre, tel Don Quichotte, le moulin à vent de la « diversité des stratégies ». Pourtant, la diversité des stratégies, des tactiques et des modes de vie ne dispense pas l&#8217;humanité d&#8217;être organisée pour combler ses besoins. Dans le contexte d&#8217;un renversement révolutionnaire du système, la non-organisation mène soit à la mort de millions de personnes, soit &#8211; de façon plus probable -  à la prise du pouvoir par le groupe qui saura répondre aux nécessités immédiates. Ces nécessités immédiates (l&#8217;eau potable, la nourriture, le logement, les soins de base) ne sont pas d&#8217;un ordre idéologique et ne peuvent être résorbées par la propagande : de leur solution dépend la survie de la population. Dans ce cadre, l&#8217;anti-organisationalisme repousse effectivement les masses de l&#8217;anarchisme; un mode de vie prônant la récupération des déchets ou le végétalisme n&#8217;y peut rien.</p>
<p align="justify">Le succès et la crédibilité de l&#8217;anarchisme dépendent étroitement de la solution des problèmes d&#8217;organisation immédiats, tels que la distribution des vivres, l&#8217;approvisionnement en eau potable et en électricité, le logement pour tous. Refuser d&#8217;envisager maintenant ces problèmes, sous prétexte que la révolution est lointaine et n&#8217;arrivera pas, c&#8217;est condamner l&#8217;anarchisme – pourtant la seule théorie révolutionnaire qui n&#8217;a pas abouti au contraire de ce qu&#8217;elle prône – à végéter en marge de l&#8217;histoire, comme une utopie irréalisable qui se nourrit d&#8217;idéaux nobles mais dont l&#8217;application est incompatible avec toute forme de société. Pour notre part, nous refusons ce faux choix entre l&#8217;autoritarisme et les micro-sociétés « primitives ». Nous refusons ce choix de dupes entre une société organisée et couvrant les besoins de base de tous mais autoritaire et une société « libre » mais limitée à l&#8217;échelle de quelques individus. Nous croyons que les classes populaires, les exploité-es, les opprimé-es sont capables de construire un monde où tous seront égaux mais aussi libres, et ceci en conservant les connaissances et les capacités techniques qui font que l&#8217;humanité pourrait garantir à toutes et tous un niveau de vie décent. Pour la première fois dans l&#8217;histoire, nous avons les moyens techniques de nourrir, loger et soigner la totalité de l&#8217;humanité : ce qui nous en empêche, ce sont les <em>rapports  de productions</em> hérités d&#8217;une autre époque.</p>
<p align="justify">Cette occasion incroyable de réaliser l&#8217;aisance pour tous – comme le disait si bien Kropotkine – doit maintenant devenir un impératif politique pour tous les hommes et toutes les femmes de bonne volonté.</p>
<p align="justify">
<hr />
<p align="justify">«<em> Est-il besoin d&#8217;une grande perspicacité pour comprendre que les idées, les conceptions et les notions des hommes, en un mot leur conscience change avec tout changement survenu dans leurs conditions de vie, leurs relations sociales, leur existence sociale ? Que démontre l&#8217;histoire des idées, si ce n&#8217;est que la production intellectuelle se transforme avec la production matérielle ? Les idées dominantes d&#8217;une époque n&#8217;ont jamais été que les idées de la classe dominante. </em>»</p>
<p align="right">Karl Marx &amp; Friedrich Engels,<br />
<em>Manifeste  du parti communiste</em>, 1847</p>
<p><strong> </strong></p>
<p align="justify"><strong>En guise de conclusion: </strong><br />
<strong>M. Dupuis-Déri et la  marchandise-savoir</strong></p>
<p align="justify">Nous avions souligné, plus tôt dans ce texte, que le capitalisme en manque de valorisation était à la recherche de nouveaux secteurs à coloniser, de nouvelles branches dans lesquelles imposer le rapport capitaliste. Il semble que cette constatation n&#8217;épargne ni l&#8217;université ni M. Dupuis-Déri en tant que son digne représentant dans la mouvance anarchiste.</p>
<p align="justify">Ce qu&#8217;implique cet impérialisme du capital sur tous les aspects de la vie, sur toutes les parties de la société, c&#8217;est de soumettre à la loi de la valeur toutes les sphères possibles de l&#8217;activité humaine, de transformer toute forme d&#8217;activité humaine en travail salarié. Ce faisant, la loi de la valeur développe ses propres présupposés et impose un rapport social qui reproduit les mêmes catégories que l&#8217;on peut voir à l&#8217;oeuvre dans le capitalisme classique. Pour bien comprendre les effets de la loi de la valeur sur l&#8217;université, il nous faut ici prendre un petit détour par l&#8217;économie politique.</p>
<p align="justify">La valeur se divise en deux : la valeur d&#8217;usage et la valeur d&#8217;échange. La valeur d&#8217;usage d&#8217;un stylo, par exemple, est d&#8217;écrire; la valeur d&#8217;échange de ce même stylo s&#8217;exprime sous la forme du prix. Le passage de la forme <em>valeur d&#8217;usage</em> à la forme<em> valeur d&#8217;échange</em> implique que le stylo se voit conférer des propriétés communes avec toutes les autres marchandises – pour être échangeable il doit être comparable, et cette comparaison implique que l&#8217;on réduise la valeur d&#8217;usage à la valeur d&#8217;échange. L&#8217;économie politique nous apprend, avec David Ricardo, que le contenu de la valeur d&#8217;échange est le travail humain vivant. C&#8217;est donc sur la base de la quantité de travail humain contenu dans une marchandise que celle-ci peut être comparée et échangée avec les autres marchandises, mais le plus souvent contre leur équivalent général : l&#8217;argent.</p>
<p align="justify">Le propre du capitalisme est de produire pour échanger des marchandises, de produire non pour la consommation personnelle du patron mais dans l&#8217;objectif de la vente. Sans la vente, la valeur de la marchandise ne se réalise pas, le travail qui y a été incorporé est perdu. Dans ce contexte, la valeur d&#8217;usage n&#8217;a d&#8217;importance que dans la mesure où elle permet à la marchandise de se vendre. Sa qualité, sa solidité, son authenticité n&#8217;ont plus vraiment d&#8217;importance. Le capitalisme moderne nous offre un grand nombre d&#8217;exemples où la qualité des produits a été sacrifiée à la valeur d&#8217;échange : c&#8217;est une tendance générale du capitalisme que de dégrader la qualité des marchandises, au moins jusqu&#8217;au prochain saut technologique.</p>
<p align="justify">En appliquant les catégories de la valorisation, à la suite de ce petit détour par l&#8217;économie politique, à l&#8217;université et plus particulièrement aux sciences sociales, on est en mesure d&#8217;expliquer, au moins en partie, pourquoi la crise de l&#8217;université frappe principalement les sciences sociales, et par ricochet le mouvement anarchiste et les révolutionnaires.</p>
<p align="justify">Lorsqu&#8217;elle s&#8217;attaque aux sciences pures et appliquées, à la technologie de pointe ou à la médecine, par exemple, la valorisation fait face à des consommateurs très vigilants, qui ne veulent pas employer une force de travail incompétente et qui comptent bien que l&#8217;université serve les intérêts du développement technique et scientifique du capitalisme.</p>
<p align="justify">Parce qu&#8217;elles ne servent pas directement au capital, comme les sciences pures, les sciences sociales sont les premières touchées par la dégradation de la valeur d&#8217;usage qui résulte de la transformation du savoir en marchandise. Parce que l&#8217;utilité des sciences sociales ne se justifie pas directement dans la production, son utilité, sa valeur d&#8217;usage, a une importance moindre que sa valeur d&#8217;échange. Comme toutes les valeurs d&#8217;usage destinées à la consommation de masse, le savoir propre aux sciences sociales se dégrade.</p>
<p align="justify">En produisant un discours destiné au marché universitaire, le producteur de celui-ci, en bonne économie politique, est indifférent à sa valeur d&#8217;usage. Celle-ci ne le concerne que tant que le consommateur – l&#8217;étudiant – exige de lui une marchandise de qualité. Mais puisque par nature l&#8217;étudiant n&#8217;est pas outillé<a id="_ftnref18" name="_ftnref18" href="http://www.hors-doeuvre.org/dis/2006-10-27.html#_ftn18">(18)</a> pour juger de cette  valeur d&#8217;usage, le professeur peut dire <em>n&#8217;importe quoi</em>. Le rôle du professeur n&#8217;est plus de transmettre un savoir ayant la meilleure valeur d&#8217;usage possible &#8211; donc basé sur la raison  &#8211; mais de produire un discours, un pseudo-savoir, qui pourra en conséquence être vendu aux étudiants sur la mesure de la quantité de travail qui a été utilisée pour le produire, et non selon des fondements rationnels qui deviennent par là-même accessoires.</p>
<p align="justify">La rationalité, jadis un critère pour juger de la validité d&#8217;une théorie, devient tranquillement indifférente. Ce qui compte, ce n&#8217;est pas qu&#8217;une théorie soit potentiellement applicable à la réalité, c&#8217;est qu&#8217;elle se vende, que l&#8217;offre rencontre la demande. Que le discours réalise sa valeur dans les frais de scolarité. Si un discours irrationnel se vend aussi bien qu&#8217;un discours rationnel, leur égalité est posée. Le relativisme ontologique &#8211; cette tendance à considérer tout discours, peu importe son contenu, comme étant égal à tout autre discours &#8211; naît pour justifier cet état de fait.</p>
<p align="justify">M. Dupuis-Déri est à ce titre le digne représentant de ce que l&#8217;université capitaliste a de plus mauvais à offrir à l&#8217;humanité. La somme de sa production intellectuelle est un ramassis de prétentions, une fraude intellectuelle permanente, un fouillis misérable de points de vue mal assumés. Sa seule existence en tant que professeur révèle à coup sûr l&#8217;état de putréfaction avancé dans lequel baignent les sciences sociales actuelles.</p>
<p align="justify">M. Dupuis-Déri se fout bien que plusieurs idéologies anarchistes soient irrationnelles; pire, il les défend lorsqu&#8217;elles sont attaquées. Il se fout de l&#8217;histoire : il pratique, nous l&#8217;avons vu, le révisionnisme historique. Sa méthode d&#8217;analyse, pour ce que nous en percevons, est profondément mystificatrice : elle exprime la logique séparatrice du capital. Sa compréhension de la révolution ne va pas au-delà du putschisme ou du romantisme des barricades. Sa compréhension de ce qu&#8217;il y a d&#8217;horrible dans cette société se limite aux aspects les plus visibles, purement matériels. Il ne voit pas la négation de la vie, du contenu de notre existence, dans le capitalisme et dans son corollaire, le salariat.</p>
<p align="justify">De fait, il n&#8217;est que la plus récente mouture d&#8217;un relativisme ontologique ayant élevé l&#8217;irrationalité vers de nouveaux sommets, et qui se fait un point d&#8217;honneur de tolérer n&#8217;importe quoi. Ce relativisme est, dans le milieu universitaire, l&#8217;avatar de la loi de la valeur et de sa forme naturelle – notre vielle ennemie la marchandise. Que M. Dupuis-Déri en soit le défenseur n&#8217;est pas qu&#8217;anecdotique : nous avons vu en lui la cristallisation de tout ce qui est détestable dans l&#8217;anarchisme contemporain.</p>
<hr />
<div>
<div id="ftn1"><a id="_ftn1" name="_ftn1" href="http://www.hors-doeuvre.org/dis/2006-10-27.html#_ftnref1"> </a><strong>(1)</strong> Cette conception est elle-même une émanation d’une idéologie capitaliste – qui en tant que rapport social produit des représentations propres à se justifier lui-même. Le libéralisme se targue d’être rationnel quand il organise la production dans l’entreprise de façon scientifique, mais sur le plan de la totalité son irrationalité est manifeste. Non seulement toute planification est réprouvée par la loi du marché, mais la concurrence provoque des remous bien inutiles; de même, la tendance immanente du capitalisme à la surproduction cohabite avec des famines et de la pauvreté littéralement scandaleuse.</div>
<div id="ftn2">
<p><a id="_ftn2" name="_ftn2" href="http://www.hors-doeuvre.org/dis/2006-10-27.html#_ftnref2"> </a><strong>(2)</strong> Et puis pourquoi les « élites » ? M. Dupuis-Déri fait lui-même partie de l’élite, cela veut-il dire qu’il se considère comme l’ennemi ? Et que dire de Richard Desjardins, ou de Patrick Roy ? Est-ce leur « cohésion » qui fait tenir le système ? Pour notre part nous préférons d’emblée être clair: notre ennemi est la <em>bourgeoisie</em>, une classe sociale qui tire son pouvoir de  l’extraction de la <em>plus-value</em> au <em>prolétariat</em> par le biais de la <em>loi  de la valeur</em>.</div>
<div id="ftn3">
<p><a id="_ftn3" name="_ftn3" href="http://www.hors-doeuvre.org/dis/2006-10-27.html#_ftnref3"> </a><strong>(3)</strong> À un point tel où il met  souvent <em>prolétaires</em> entre guillemets !</div>
<div id="ftn4">
<p><a id="_ftn4" name="_ftn4" href="http://www.hors-doeuvre.org/dis/2006-10-27.html#_ftnref4"> </a><strong>(4)</strong> Dans cette approche nous  reconnaissons bien sûr notre vieil ennemi le <em>postmodernisme</em> – véritable  maladie virulente qui attaque principalement les universitaires.</div>
<div id="ftn5">
<p><a id="_ftn5" name="_ftn5" href="http://www.hors-doeuvre.org/dis/2006-10-27.html#_ftnref5"> </a><strong>(5)</strong> Par exemple, le néolibéralisme est en train d&#8217;enlever aux travailleurs et aux travailleuses tous les gains issus des années 1950-1970.  Pour plus de détails, voir plus loin la section <em>De la nécessité de la révolution</em>.</div>
<div id="ftn6">
<p><a id="_ftn6" name="_ftn6" href="http://www.hors-doeuvre.org/dis/2006-10-27.html#_ftnref6"> </a><strong>(6)</strong> La journée internationale de la femme, le 8 mars, commémore en fait la mobilisation des femmes russes du 8 mars 1917 (calendrier occidental) qui mena à l&#8217;abdication du Tsar et l&#8217;instauration de la république bourgeoise de Kerensky.</div>
<div id="ftn7">
<p><a id="_ftn7" name="_ftn7" href="http://www.hors-doeuvre.org/dis/2006-10-27.html#_ftnref7"> </a><strong>(7)</strong> Preuve s&#8217;il en faut que le mouvement révolutionnaire a tendu à faire éclater le carcan de l&#8217;empire, qui fut restauré graduellement par le bolchévisme ensuite.</div>
<div id="ftn8">
<p><a id="_ftn8" name="_ftn8" href="http://www.hors-doeuvre.org/dis/2006-10-27.html#_ftnref8"> </a><strong>(8)</strong> Louis-Auguste Blanqui,  révolutionnaire socialiste français du 19e siècle, célèbre pour ses nombreux coups d&#8217;État  manqués.</div>
<div id="ftn9">
<p><a id="_ftn9" name="_ftn9" href="http://www.hors-doeuvre.org/dis/2006-10-27.html#_ftnref9"> </a><strong>(9)</strong> On ne peut que référer M. Dupuis-Déri et nos lecteurs  à l&#8217;ouvrage fantastique de Voline : <em>La révolution inconnue.</em></div>
<div id="ftn10">
<p><a id="_ftn10" name="_ftn10" href="http://www.hors-doeuvre.org/dis/2006-10-27.html#_ftnref10"> </a><strong>(10)</strong> Ernst Zündel est un négationniste: il nie la réalité du génocide hitlérien contre les juifs. En tant que négationniste, il est aussi révisionniste.</div>
<div id="ftn11">
<p><a id="_ftn11" name="_ftn11" href="http://www.hors-doeuvre.org/dis/2006-10-27.html#_ftnref11"> </a><strong>(11)</strong> La composition organique du capital est le rapport entre le capital constant (les moyens de production) et le capital variable (les salaires). L&#8217;augmentation de la composition organique du capital veut donc dire qu&#8217;on investit de plus en plus d&#8217;argent dans les moyens de production par rapport aux salaires.</div>
<div id="ftn12">
<p><a id="_ftn12" name="_ftn12" href="http://www.hors-doeuvre.org/dis/2006-10-27.html#_ftnref12"> </a><strong>(12)</strong> Seul le travail humain crée de la <em>nouvelle</em> valeur d&#8217;échange. La machine, pour sa part, ne fait que transmettre une part de sa valeur dans chaque produit qu&#8217;elle aide à créer. Il en résulte que moins on utilise le travail humain, moins les taux de profit sont au rendez-vous, ce qui, soit dit en passant, est un fait actuellement constaté par les économistes.</div>
<div id="ftn13">
<p><a id="_ftn13" name="_ftn13" href="http://www.hors-doeuvre.org/dis/2006-10-27.html#_ftnref13"> </a><strong>(13)</strong> La valorisation, c&#8217;est le  processus par lequel le capital crée de la nouvelle valeur.</div>
<div id="ftn14">
<p><a id="_ftn14" name="_ftn14" href="http://www.hors-doeuvre.org/dis/2006-10-27.html#_ftnref14"> </a><strong>(14)</strong> Guy Debord, <em>La société du spectacle</em>, thèse 27.</div>
<div id="ftn15">
<p><a id="_ftn15" name="_ftn15" href="http://www.hors-doeuvre.org/dis/2006-10-27.html#_ftnref15"> </a><strong>(15)</strong> Pour être juste envers M.  Dupuis-Déri, nous ajouterons qu&#8217;il a également critiqué les errements contenus  dans l&#8217;éditorial du <em>Trouble</em> portant sur le féminisme. C&#8217;est là un des  seuls terrains d&#8217;entente que nous avons pu trouver avec lui.</div>
<div id="ftn16">
<p><a id="_ftn16" name="_ftn16" href="http://www.hors-doeuvre.org/dis/2006-10-27.html#_ftnref16"> </a><strong>(16)</strong> Voir à ce sujet  l&#8217;incroyable postface de M. Dupuis-Déri au livre de Marc-André Cyr <em>La presse  anarchiste au Québec – 1976-2001, </em>2006. Celle-ci est disponible sur notre  forum à l’adresse suivante : <a href="http://www.hors-doeuvre.org/forum">http://www.hors-doeuvre.org/forum</a>.</div>
<div id="ftn17">
<p><a id="_ftn17" name="_ftn17" href="http://www.hors-doeuvre.org/dis/2006-10-27.html#_ftnref17"> </a><strong>(17)</strong> <em>Science, vérité,  démocratie: contre le charlatanisme académique</em>, également disponible sur  notre forum.</div>
<div id="ftn18">
<p><a id="_ftn18" name="_ftn18" href="http://www.hors-doeuvre.org/dis/2006-10-27.html#_ftnref18"> </a><strong>(18)</strong> Le but de suivre un cours est d&#8217;acquérir cet outillage. Nous présumons donc que l&#8217;étudiant ne le possède pas, même si dans la réalité il arrive que certains d&#8217;entre eux soient en mesure de juger de la qualité de l&#8217;enseignement.</div>
</div>
<p align="justify">
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