Crise économique : un changement d’époque

février 20, 2009

Le fruit de la misère ne tombe jamais loin de l’arbre de l’exploitation.

La crise économique commencée en 2008 a maintenant pris des proportions mondiales, et laisse désemparés les capitalistes et les États qui n’avaient pas su ou voulu en mesurer l’importance.

Partout le chômage explose alors que des mobilisations sociales de plus en plus radicales et violentes se manifestent. De l’Europe de l’est à la Grèce, de l’Islande aux Antilles françaises, des États-Unis à la Chine, les troubles sociaux fusent en réaction à la crise qui prive les travailleurs de revenus, de logement, de nourriture.

Manifestants exigeant et obtenant la libération d'un prisonnier en Islande

Manifestants exigeant et obtenant la libération d'un prisonnier en Islande

Les classes dominantes tentent tant bien que mal de prendre la mesure d’une crise de plus en plus profonde et qui ne semble pas vouloir se résorber, alors que les plus populistes d’entre eux, Nicolas Sarkozy en tête, mettent la faute de la crise sur les excès du capitalisme, sur la finance immorale, sur un manque de réglementations. Bercés par l’espoir d’un rapide retour à la normale qui serait la conséquence de nouvelles règlementations et d’une moralisation du capitalisme, les politiciens et opportunistes de tout acabit peinent à voir ce que de plus en plus d’observateurs constatent: la crise actuelle marque la fin d’une époque.

Cette crise est le résultat d’une évolution normale et naturelle du capitalisme. Le fruit de la misère ne tombe jamais loin de l’arbre de l’exploitation. Du néolibéralisme caractéristique des trente dernières années à la financiarisation de l’économie, des hypothèques à risques américaines à la crise du papier commercial, de la crise alimentaire mondiale à la crise actuelle, il y a un enchaînement causal indéniable, propre au système capitaliste.

Comprendre la situation actuelle est le préalable à une action efficace. Ce texte veut en conséquence contribuer à une essentielle renaissance de la critique de l’économie politique.

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L’idéologie sociale de la bagnole

mars 6, 2009

par André Gorz

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Le vice profond des bagnoles, c’est qu’elles sont comme les châteaux ou les villa sur la Côte : des biens de luxe inventés pour le plaisir exclusif d’une minorité de très riches et que rien, dans leur conception et leur nature, ne destinait au peuple. A la différence de l’aspirateur, de l’appareil de T.S.F. ou de la bicyclette, qui gardent toute leur valeur d’usage quand tout le monde en dispose, la bagnole, comme la villa sur la côte, n’a d’intérêt et d’avantages que dans la mesure où la masse n’en dispose pas. C’est que, par sa conception comme par sa destination originelle, la bagnole est un bien de luxe. Et le luxe, par essence, cela ne se démocratise pas : si tout le monde accède au luxe, plus personne n’en tire d’avantages ; au contraire : tout le monde roule, frustre et dépossède les autres et est roulé, frustré et dépossédé par eux.

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Grèce : Exarchia, la pépinière de l’insurrection.

février 9, 2009

vendredi 6 février 2009, par Courant Alternatif
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L’article qui suit ne constitue qu’une vision parcellaire de ce qui se passe en Grèce depuis décembre : il est le fruit d’un modeste séjour à Athènes, début janvier, volontairement limité au quartier d’Exarchia. Nous y sommes allés dans un esprit de solidarité internationale avec la volonté de comprendre et de rencontrer des personnes habitant ce quartier ou/et impliquées dans les évènements qui secouent Athènes depuis le meurtre du jeune Alexis.

Il nous faut cependant tout de suite préciser que si ce meurtre a constitué un élément détonateur d’importantes émeutes, le niveau des mobilisations, actions et occupations est habituellement élevé en Grèce où la conscience politique est très développée. L’héritage conscientisé de « l’époque de la dictature des colonels » de 1967 et des évènements de 1973 (entrée des chars dans l’école polytechnique occupée) n’est pas une vue de l’esprit : il est très présent dans la façon dont nombre de Grecs perçoivent les évènements y réagissent et se racontent.

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Pouvoir d’achat : Les gouvernements nous mentent pour nous voler

février 4, 2009

PapaMarx ne souscrit pas entièrement aux propos et analyses tenus dans ce texte. Toutefois, la démonstration des mécanismes de traficotage des statitisques de l’inflation est très instructive, et c’est sur cette base que nous publions le texte.

tiré de:oulala.net

En rouge, l'inflation officielle, en bleu l'inflation corrigée par John Williams

En rouge, l'inflation officielle, en bleu l'inflation corrigée par John Williams

Fichtre ! Au risque de faire passer son auteur pour un clown, cette affirmation exige une explication solidement étayée de preuves. Voici donc suffisamment d’éléments pour que vous puissiez vous faire une idée.

Tout le monde comprend ce qu’est le pouvoir d’achat, même ceux qui n’ont aucune notion d’économie. Mais pour être évalué, le pouvoir d’achat nécessite le calcul du produit intérieur brut, celui du taux de croissance c’est à dire l’évolution d’une année sur l’autre du produit intérieur brut, et du taux d’inflation de base et réel.

Le calcul par les bureaux du gouvernement du produit intérieur brut et du taux d’inflation ont une importance considérable sur votre vie de tous les jours et sur votre avenir. Pourquoi ? Parce si le gouvernement fait en sorte, par de savants tours de passe-passe que je vais dénoncer ici, de sous-estimer le taux d’inflation et de sur estimer le produit intérieur brut et le taux de croissance il va pouvoir, en toute impunité et avec l’apparence de la meilleure bonne foi, indexer à la baisse nos salaires, nos prestations sociales, et nos retraites. Si le gouvernement publie un taux d’inflation de 3% et indexe nos salaires, prestations sociales et nos retraites en conséquence alors que le taux d’inflation réel est de 8%, il nous vole de 5% sur l’année.

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L’anti Dupuis-Déri

janvier 26, 2009

L’anti-Dupuis-Déri

Le docteur FDD

Le docteur FDD

« Certains doutent d’un nouveau départ de la révolution, répétant que le prolétariat se résorbe ou que les travailleurs sont à présent satisfaits, etc. Ceci veut dire une de ces deux choses : ou bien ils se déclarent eux-mêmes satisfaits ; et alors nous les combattrons sans faire de nuances. Ou bien ils se rangent dans une catégorie séparée des travailleurs (par exemple, les artistes); et nous combattrons cette illusion en leur montrant que le nouveau prolétariat tend à englober à peu près tout le monde. »

Guy Debord,
Les mauvais jours finiront, 1962.

Dans la polémique qu’il engage envers notre collectif et la Proposition de guerre, Francis Dupuis-Déri pose la question des moyens à adopter pour provoquer une brèche révolutionnaire. À cette question – fondamentale pour l’anarchisme puisque son idéal ne peut se réaliser qu’à condition que la société actuelle soit détruite entièrement – il répond qu’il ne croit pas possible l’ouverture d’une brèche révolutionnaire. Il ajoute aussi que plusieurs générations de révolutionnaires se sont heurtés sans succès à ce problème, que le capital est trop bien organisé et trop stable pour être vaincu – et que si une victoire est possible, elle ne dépendra pas de l’action des anarchistes mais bien de contradictions indépendantes de l’action des révolutionnaires.

Dans ce contexte, poursuit-il, il est suffisant de se contenter de participer à une contestation limitée, qui ne vise pas le renversement du système mais cherche seulement à en limiter les effets. Vouloir aller plus loin, critiquer le manque de perspectives de la contestation permanente, c’est pour M. Dupuis-Déri faire le jeu des polices qui « ont si souvent fomenté des divisions et des rivalités au sein des mouvements contestataires. » C’est faire le jeu « des agents infiltrés [qui] ont régulièrement semé la zizanie entre contestataires en provoquant de fausses querelles. Des policiers ont miné la solidarité en diffusant des critiques incendiaires contre des révolutionnaires, ce qui leur permettait de mieux torpiller le mouvement de contestation. »

Cette accusation, de la part d’un individu qui mène une carrière – lucrative selon son propre aveu – d’intellectuel anarchiste, en dit à elle seule assez long sur son état d’esprit. Ainsi, le discours qu’il produit en tant que salarié de l’université ne doit souffrir d’aucune contestation sur sa gauche, ne doit être remis en cause par aucune exigence de cohérence, ne doit pas se voir critiqué pour son manque de perspectives à long terme. Exercer une critique du milieu anarchiste et de leur idéologie, c’est aider les flics dans leur travail ! Rien de moins !

Cette vision simpliste de l’anarchisme refuse de condamner les pires stupidités mais distribue allègrement l’anathème sur la critique. Or, sous ces accusations faciles, derrière cet écran de fumée sophistique, se cache une méthode d’analyse tronquée, quelquefois malhonnête, mais toujours injustifiable. M. Dupuis-Déri tente de masquer son absence de pensée derrière un fard de tolérance, ses lâches renonciations derrière une interprétation frauduleuse de l’histoire, son inconsistance politique derrière un synthésisme de pacotille.

Il se satisfait de sa situation de privilégié, refusant de voir que sa responsabilité, en tant qu’être humain, est de détruire ce système qui généralise l’esclavage et détruit la vie. M. Dupuis-Déri est anarchiste comme un riche est charitable: il s’agit plus d’un procédé pour soulager une conscience coupable que d’un engagement sincère provenant de convictions réfléchies.

Cet essai tentera de dévoiler la vraie nature des idées de M. Dupuis-Déri, et de leur opposer une vision qui soit authentiquement anarchiste. Comme toute bonne critique, c’est en jetant un regard sur la méthode que nous ouvrirons les hostilités.

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