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L’anti Dupuis-Déri

janvier 26, 2009

L’anti-Dupuis-Déri

Le docteur FDD

Le docteur FDD

« Certains doutent d’un nouveau départ de la révolution, répétant que le prolétariat se résorbe ou que les travailleurs sont à présent satisfaits, etc. Ceci veut dire une de ces deux choses : ou bien ils se déclarent eux-mêmes satisfaits ; et alors nous les combattrons sans faire de nuances. Ou bien ils se rangent dans une catégorie séparée des travailleurs (par exemple, les artistes); et nous combattrons cette illusion en leur montrant que le nouveau prolétariat tend à englober à peu près tout le monde. »

Guy Debord,
Les mauvais jours finiront, 1962.

Dans la polémique qu’il engage envers notre collectif et la Proposition de guerre, Francis Dupuis-Déri pose la question des moyens à adopter pour provoquer une brèche révolutionnaire. À cette question – fondamentale pour l’anarchisme puisque son idéal ne peut se réaliser qu’à condition que la société actuelle soit détruite entièrement – il répond qu’il ne croit pas possible l’ouverture d’une brèche révolutionnaire. Il ajoute aussi que plusieurs générations de révolutionnaires se sont heurtés sans succès à ce problème, que le capital est trop bien organisé et trop stable pour être vaincu – et que si une victoire est possible, elle ne dépendra pas de l’action des anarchistes mais bien de contradictions indépendantes de l’action des révolutionnaires.

Dans ce contexte, poursuit-il, il est suffisant de se contenter de participer à une contestation limitée, qui ne vise pas le renversement du système mais cherche seulement à en limiter les effets. Vouloir aller plus loin, critiquer le manque de perspectives de la contestation permanente, c’est pour M. Dupuis-Déri faire le jeu des polices qui « ont si souvent fomenté des divisions et des rivalités au sein des mouvements contestataires. » C’est faire le jeu « des agents infiltrés [qui] ont régulièrement semé la zizanie entre contestataires en provoquant de fausses querelles. Des policiers ont miné la solidarité en diffusant des critiques incendiaires contre des révolutionnaires, ce qui leur permettait de mieux torpiller le mouvement de contestation. »

Cette accusation, de la part d’un individu qui mène une carrière – lucrative selon son propre aveu – d’intellectuel anarchiste, en dit à elle seule assez long sur son état d’esprit. Ainsi, le discours qu’il produit en tant que salarié de l’université ne doit souffrir d’aucune contestation sur sa gauche, ne doit être remis en cause par aucune exigence de cohérence, ne doit pas se voir critiqué pour son manque de perspectives à long terme. Exercer une critique du milieu anarchiste et de leur idéologie, c’est aider les flics dans leur travail ! Rien de moins !

Cette vision simpliste de l’anarchisme refuse de condamner les pires stupidités mais distribue allègrement l’anathème sur la critique. Or, sous ces accusations faciles, derrière cet écran de fumée sophistique, se cache une méthode d’analyse tronquée, quelquefois malhonnête, mais toujours injustifiable. M. Dupuis-Déri tente de masquer son absence de pensée derrière un fard de tolérance, ses lâches renonciations derrière une interprétation frauduleuse de l’histoire, son inconsistance politique derrière un synthésisme de pacotille.

Il se satisfait de sa situation de privilégié, refusant de voir que sa responsabilité, en tant qu’être humain, est de détruire ce système qui généralise l’esclavage et détruit la vie. M. Dupuis-Déri est anarchiste comme un riche est charitable: il s’agit plus d’un procédé pour soulager une conscience coupable que d’un engagement sincère provenant de convictions réfléchies.

Cet essai tentera de dévoiler la vraie nature des idées de M. Dupuis-Déri, et de leur opposer une vision qui soit authentiquement anarchiste. Comme toute bonne critique, c’est en jetant un regard sur la méthode que nous ouvrirons les hostilités.

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